Patrimoine archélogique de la Mésopotamie: Pillage industriel !

Daech n’hésite devant rien pour asseoir sa domination. A la négation de l’autre, les pogroms le rappellent à qui veut bien y croire, ce groupe terroriste s’investit aussi dans « l’annihilation de l’Histoire » en ciblant le patrimoine archéologique que la civilisation de la Mésopotamie à légué à l’Humanité. Triste histoire que celle que traverse le monde arabo-musulman. Du Mali en Irak, en passant par la Syrie… Même le pauvre Yémen n’est pas épargné. 

Le constat est horrifiant ! Et c’est bien Irina Bokova qui l’a établi alors que les regards de la bien-pensance occidentale s’en détournent. Si l’on excepte les trafiquants d’objets d’art qui s’enrichissent au détriment de peuples saignés à blans, y compris dans leur culture qui n’est autre que le socle de l’identité. Pour la directrice de l’Unesco, le groupe terroriste « Etat islamique » se livre en Syrie à un pillage archéologique à l’échelle « industrielle ». Elle invoque dès lors la nécessité de lutter contre le trafic d’objets d’art qui sert à financer le djihadisme. « Limiter le trafic d’objets d’art est en ce moment la priorité numéro un », d’autant qu’il « sert au financement des extrémistes », a souligné la directrice générale de l’Unesco, qui a appelé les pays de l’Union européenne à « consolider leur législation pour arrêter ce trafic .
Parallèlement aux destructions à caractère idéologique de sites antiques, le patrimoine archéologique légué par les civilisations ante-islamiques étant jugé par ses « idéologues » impi, Daech se livre à un important trafic marchand d’objets anciens, excavés de façon sauvage dans ce pays au très riche patrimoine antique, et qui le finance au même titre que les trafics d’armes, de pétrole ou d’êtres humains.
Outre les importants revenus générés, cette activité « fait partie d’une stratégie de purge culturelle, pour détruire le passé, le présent et l’avenir de cette région connue comme un berceau de la civilisation humaine », a-t-elle souligné.
Selon le directeur des Antiquités de Syrie Maamun Abdulkarim, la situation est complexe car les extrémistes ont installé des campements à l’intérieur de plusieurs sites antiques. « Ce n’est pas simplement l’histoire de la Syrie qu’ils essayent de détruire aujourd’hui mais toute une page de l’histoire de l’humanité », a-t-il alerté par vidéo lors de la conférence.
Les terroristes avaient procédé à la destruction du temple de Bêl, joyau de la cité antique de Palmyre en Syrie, un « crime intolérable contre la civilisation » selon l’Unesco. Avant de riposter aux premières frappes aériennes de la Russie par le dynamitage de l’Arc de triomphe, une fierté de l’ancienne cité.
Mme Bokova a reconnu que si les pays européens et les Etats-Unis étaient parmi les plus susceptibles de réagir efficacement au commerce d’objets pillés en Syrie, ce trafic s’établissait à « l’échelle mondiale ».
Là où le langage de la canonnière a pris le dessus sur tout autre processus, on assiste à un lessivage mémoriel. C’est comme qui dirait que l’objectif tapi derrière cette fureur incontrôlée et incontrôlable consisterait à raser la mémoire plusieurs fois millénaire de cette partie du monde.
« Les pillages et les destructions des sites archéologiques ont atteint une échelle sans précédent. » Selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies basé sur des images satellites, près de 300 sites du patrimoine culturel syrien ont été détruits, endommagés ou pillés. En Irak, la liste n’en finit pas de s’allonger : Mossoul, Assour, la cité antique de Hatra, les ruines de Nimrud (XIIIe siècle avant J.-C.), la citadelle de Tal Afar, ou encore Samarra, la capitale du Califat abbasside, sont saccagées au marteau-piqueur ou à coups de bulldozers et d’explosifs. Et depuis des mois, l’héritage historique de l’Arabia Felix (Arabie heureuse, surnom d’un Yémen martyrisé) est ravagé par la violence du conflit armé opposant les « houthis », milice chiite alliée à l’ex-président Abdallah Saleh, à la coalition arabe conduite par l’Arabie Saoudite. Sanaa, Shibam, Saada et Zabid, ainsi que le site archéologique de la ville préislamique de Baraqish ont été ciblées. Considérée comme un des plus anciens joyaux du paysage urbain islamique, la vieille ville de la capitale Sanaa n’a pas été épargnée. Le feu roulant des bombes largués par les chasseurs-bombardiers de la coalition ont atteint de plein fouet le quartier al-Qassimi, dont les célèbres maisons-tours en pisé, richement décorés de motifs géométriques en brique et en blanc de chaux, sont « un témoignage unique de l’architecture d’avant le XIe siècle ». Le secteur historique d’al-Owrdhi, abritant des hammams et des caravansérails, une centaine de minarets et de coupoles datant de l’ère ottomane, a subi, lui aussi, « des dégâts irréparables ».
La sonnette d’alarme a été tirée pour un autre site inscrit au patrimoine mondial depuis 1982 : la vieille ville fortifiée de Shibam, surnommée la « Manhattan du désert », en raison de ses impressionnants bâtiments en brique crue, élancés sur sept étages. Édifiée sur un éperon rocheux dans la vallée de Hadramaout, elle est restée identique depuis sa fondation au XVIe siècle.
Pis, des photos postées sur le web par les bloggeurs et l’Institut allemand d’archéologie montrent le barrage de Marib, construit au VIIIe siècle avant J.-C., quasi pulvérisé par un bombardement. Ancienne capitale du royaume de Saba, Marib est un des sites antiques majeurs du Yémen et de la péninsule Arabique. Outre les monuments culturels, tels la colonie de Wadi Ghufaina et le temple Awam et sa nécropole, la cité renferme les vestiges du plus grand barrage de l’antiquité. Avec ses vannes monumentales en forme de tours de vingt mètres de haut sur cent de large, il est considéré comme l’une des merveilles de l’ingénierie.
Dhamar, capitale d’un des gouvernorats au sud de Sanaa, a subi la destruction du Musée national et réduit en poussière plus de 10 000 objets archéologiques de la civilisation himyarite. Des centaines de stèles, de brûle-encens et d’éléments d’architecture portant des inscriptions en sabatéen se sont évaporés. Ces pièces avaient été documentées et archivées par des spécialistes italiens de l’université de Pise.
D’une valeur historique inestimable, Zabid, capitale du Yémen du XIIIe au XVe siècle, a également subi les foudres du conflit armé. Classé au patrimoine mondial en 1993, le site qui offre un ensemble homogène d’architecture domestique et militaire, de minarets et un réseau de rues étroites, porte les stigmates de la destruction.
À Taez, la troisième ville du Yémen, occupée par les combattants, la forteresse médiévale d’al-Qahira (Le Caire) a été bombardée par les frappes de la coalition militaire. Et à Wadi Farda, au nord-ouest du Yémen, les vestiges de Baraqish, ancienne cité minéenne préchrétienne, ont été également touchés. Non loin de la frontière d’Arabie Saoudite, à Saada, bastion des Houtis, les maisons millénaires en pisé, finement décorées à la chaux, et les minarets centenaires ont été sérieusement endommagés par des bombardements. Même les tombes anciennes n’ont pas été épargnées dans la région de Hadramaout.
La situation est des plus poignantes et donne la mesure de la menace qui plane sur un patrimoine qui a livré « un témoignage exceptionnel de la grandeur de la civilisation islamique » et qui est « dépositaire de l’identité, de l’histoire et de la mémoire de la population yéménite », comme l’avait affirmé la directrice générale de l’Unesco. Pourtant, la sale guerre n’épargne rien dans la région. L’horreur !

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