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Plan Maroc Vert: La paysannerie livrée à elle-même…

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Priorité au latifundium ! « Tel est l’objectif ciblé par le Plan Maroc Vert », assurent des producteurs blanchis sous le harnais. Les petits paysans pour lesquels un « Pilier II » a été dédié en profitent peu…  Comme ils peinent à gagner plus de billes avec le système imaginé d’intégration. 

Au du ciel, la campagne marocaine offre la meilleure image qui puisse être pour le commun des agriculteurs. Un océan tout en or qui traduit sans ambages les raisons de l’optimisme de bon aloi affiché par le ministre de l’Agriculture. La moisson céréalière promet de battre tous les records. Soit ! Mais est-ce une raison pour claironner tout haut le succès du Plan Maroc Vert ? L’aubaine est liée, à coup sûr, aux conditions climatiques favorables. Ce que A. Akhennouch ne saurait nier d’autant qu’à défaut d’avoir « une main verte », il a la conjonction des astres pour lui. Pour ceux qui croient qu’il est né sous une bonne étoile, et non pas seulement avec une cuillère en or dans la bouche, on préfère se réfugier dans les statistiques officiellement égrenées qui rassurent quant à la bonne marche de la stratégie agricole. Mais il y a d’autres avis qui ne partagent pas l’optimisme de rigueur et qui ont des arguments pour défendre leurs convictions. Aux yeux de ces fins connaisseurs du fin fond de la campagne marocaine, le Maroc inaugure une nouvelle ère dans sa «révolution agricole ». Un changement de cap qui doit nécessairement profiter plus aux gros producteurs qu’aux petits. On évoque à cet égard le scénario déjà éprouvé de « la privatisation » en douce des fermes étatiques gérées naguère par SOGETA et SODEA. Des fleurons de la production agricole qui profitent aujourd’hui à de gros intérêts. Et comme pour suivre la même logique, ce sont maintenant les terres collectives qui seront visées par le même processus. L’accord intervenu récemment entre l’Agriculture et l’Intérieur ne dérogera donc par à ce qui représente désormais la règle générale : donner plus de terres à ceux qui ont les moyens de les valoriser. Si l’histoire se répète en l’espace de quelques années, c’est parce que la pression se fait de plus en plus forte sur les terrains. Là où de nouveaux intérêts capitalistes sont disposés à s’investir. Tout en profitant, cela coule de source, des subventions prévues par l’Etat. Exit donc les petits fellahs qui peinaient à valoriser les parcelles qu’ils détenaient et bonjour aux latifundiaires. La question qui se pose dès lors serait d’ordre sociologique : quelle place réservera-t-on au lendemain de cette « révolution » silencieuse aux petits fellahs ? Sachant par ailleurs que le désinvestissement humain au niveau des campagnes a tendance à se renforcer au fil des ans, au gré d’un exode rural ordonné soit-il ou non. Dans les grandes régions productrices en maraîchage et en agrumes les grands groupes ne vivent-ils pas une pénurie de main-d’œuvre ?

Le Fellah oublié?

Les nouveaux entrants dans le secteur agricole doivent avoir les reins solides pour pouvoir tirer leur épingle du jeu. Car les difficultés qui affectent le secteur ne sont pas à dédaigner. Un vieux briscard du Souss Massa, véritable bassin de la production horticole nationale (chaque marocain consomme pas moins de 35 kg de fruits et légumes produits dans cette région), n’hésite pas à rappeler les miasmes dont souffrent de gros producteurs. Si évolution il y a eu en termes d’offre en produits horticoles, il faut croire que la demande est loin d’être rémunératrice. Même à l’export, là où les possibilités de développement de l’offre Maroc restent limitées tantôt par les barrières tarifaires, tantôt par les vulgates de conformité sanitaire. Autant dire que le retour sur investissement est lourd à réaliser. En tout cas, «tant mieux si le consommateur local en profite » confie un autre grand exportateur qui reste fasciné par la capacité des petits producteurs à résister, en vivotant tout au plus. En tout cas, c’est dans cette région prospère naguère que l’on mesure le poids du « changement climatique ». Dans la région d’El Guerdane, des fermiers peinent à payer les factures d’eau qui s’accumulent au fil des mois… A raison de 6 à 7 Dh le mètre cube d’eau transféré via une gestion privée, contre un coût global au mètre cube pompé de 2 Dh, bien des producteurs préfèrent, la mort dans l’âme, ne maintenir en activité que quelques hectares. Quitte à laisser en jachère le reste. « On assiste à une asphyxie lente de la production des agrumes », indique-t-on. Et ce qui court pour la région de Taroudant court aussi dans d’autres périmètre du Massa. Là où, assure un fils de la région, « notre zone a été déclarée sinistrée ». Sur le plan hydrique s’entend. Ainsi, ordre a été donné d’interdire aux fellahs de creuser le moindre puits. En attendant l’entrée en exploitation de l’unité de dessalement de l’eau de mer. Et pourtant, ce qui court pour le petit semble épargner de gros investisseurs qui misent gros sur l’extension du périmètre de leurs exploitations. Une logique de deux poids deux mesures qui ira en se renforçant. Au détriment des petits producteurs qui, demain, seraient dans l’incapacité de produire à cause du coût de l’eau. Le pays s’installe, petit à petit, dans ce que Jean Stiglitz appelle « le fondamentalisme marchand ». Là où on ne jure que par la surface financière… Celle qui pourrait permettre aux gros de se prémunir des aléas du marché domestique. Comme de ceux des marchés à l’export.
Car nombreux sont les producteurs qui jugent les contre-performances de la production horticole nationale à la lumière d’un déficit commercial. « Si on réussit à produire autant, voire mieux que la concurrence, le fruit de nos hardiesses n’est pas au rendez-vous », note non sans dépit un grand exportateur soussi des agrumes. Autant dire que « la machine commerciale» souffre de bien des ratés que Maroc Export n’arrive pas à dépasser. « L’image qu’ont nos exportations sur le marché de l’Union Européenne est loin d’être mirifique », signale un négociant de la place. Et pourtant, il s’agit-là d’un «gisement traditionnel ». Il faut dire que « la constance du jardinier » n’est pas le fort de ceux qui sont chargés de promouvoir le label Maroc. Un sempiternel reproche qui s’ajoute à bien d’autres. Comme celui qui a trait au « Pilier II » du Plan Maroc Vert mis en branle, assure-t-on, pour tirer les petits producteurs vers le haut. « On aimerait bien avoir le détail des chiffres officiellement avancés pour dire si oui ou non le défi a été relevé », indique le président d’une association de producteurs. Car à ses yeux, « on peut dire beaucoup de choses aux statistiques » alors que ce que les petits fellahs vivent dans leur chair est l’excès bureaucratique dont font preuve les administrations ad hoc. Ce qui force le petit paysan à fuir les circuits des subventions qui « consomment énormément de temps pour de l’aumône !»
Alors, le Plan Maroc Vert est-il un succès ? Trivialement, la réponse qui tombe dans la bouche de nombreux producteurs sondés est par l’affirmative. Voilà donc que l’on est face à un « très bon plan pour son promoteur ». Celui qui répond aux intérêts qu’il défend. Le reste suivra… Mais d’ores et déjà on pourrait avancer, avec nombre d’opérateurs, que la portée latifundiaire de la stratégie agricole réussira à mettre sur orbite une bonne brochette de gros producteurs. Les pronostics sont lancés. Qui dit mieux !

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