POLITIQUE ÉCONOMIQUE : LE CHANGEMENT C’EST MAINTENANT !

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Si l’économie marocaine a su surmonter les difficultés engendrées par la crise financière mondiale, un certain nombre d’indicateurs suggèrent clairement que la stratégie de croissance s’essouffle depuis la fin des années 2000 : une montée continue des déséquilibres macroéconomiques, tant sur le plan budgétaire que sur celui de la balance des paiements ; une perte de compétitivité, liée à l’appréciation du taux de change réel et une hausse des coûts salariaux ; un ralentissement tendanciel de la croissance ; une amélioration limitée de la qualité de la maind’œuvre, qui entrave la capacité d’ajustement du pays; et un chômage endémique. Cette situation générale pourrait s’accompagner d’une érosion de la confiance des agents quant aux perspectives futures de l’économie. Partant de ce constat alarmant, le think-tank propose une nouvelle orientation de la stratégie économique du pays. Pour les auteurs de ce rapport
la performance du Maroc en matière de croissance au cours de la décennie passée a eu pour principale source l’expansion de la demande interne associée à des ratios d’investissement public des plus élevés au monde. Quant à l’investissement privé productif, particulièrement dans le secteur manufacturier, il n’a ni augmenté ni anticipé sur le futur. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces distorsions: un effet de complémentarité limité associé au capital public, des effets d’éviction non négligeables et des progrès insuffisants, bien que notables au niveau de l’environnement des affaires. De plus, les activités à faible intensité technologique, représentent à peu près 70 % de la valeur ajoutée du secteur manufacturier et près de 80 % des exportations du pays. Dans ce sens, les activités de moyenne et haute technologies ne concernent qu’un nombre limité d’entreprises, et continuent de ne représenter qu’une part modeste dans la valeur ajoutée et l’emploi dans le secteur manufacturier. Ce manque de dynamisme agit comme une contrainte majeure sur la capacité de l’économie marocaine à rattraper son retard par rapport aux pays émergents. Idem coté emploi, le taux de chômage reste élevé, particulièrement pour les jeunes et les travailleurs qualifiés. Les raisons de ces tensions persistantes au niveau du marché du travail sont multiples et incluent : un taux de croissance qui reste insuffisant pour absorber pleinement l’expansion de la force de travail ; un investissement privé insuffisant dans les secteurs porteurs pour la croissance; et des rigidités institutionnelles – y compris la qualité du dialogue entre patronat et syndicats, les niveaux élevés des coûts d’embauche et de licenciements, et les frictions dans le fonctionnement du cadre légal de résolution des conflits du travail. À cela s’ajoute une trop grande inadéquation entre le type de compétences produites par le système éducatif et celles nécessaires pour passer à un régime d’innovation, afin de mieux s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales, et affronter sur des bases solides la concurrence sur les marchés internationaux.
AUX GRANDS MAUX…
Ces enjeux ne sont pas insurmontables selon le Think-Tank. En adoptant une nouvelle stratégie intégrée et ambitieuse pour promouvoir la croissance et l’emploi, le Maroc pourrait encore mieux tirer parti du nouvel environnement international. Selon ce Rapport, cette stratégie devrait reposer sur trois piliers : primo favoriser un regain de compétitivité à court terme, en adoptant un certain nombre de mesures visant à réduire les coûts de production dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et à poursuivre les efforts d’amélioration de la qualité de cette dernière. Secundo, promouvoir l’activité privée dans les secteurs de production qui permettront au pays d’accélérer sa transition vers le haut de la frontière technologique mondiale et d’entrer en concurrence sur les marchés internationaux de biens et services à forte intensité technologique et en main-d’œuvre qualifiée, tout en améliorant son positionnement dans les chaînes de
valeur mondiales. Et enfin repenser le rôle que l’État doit jouer pour faciliter cette transition, notamment en matière d’incitations aux agents privés à investir, sous forme de services publics qui permettraient d’accroître la productivité des facteurs de production privés dans les secteurs d’activités stratégiques, et en termes d’appui à une stratégie d’intégration régionale. Pour atteindre ces objectifs fondamentaux, le nouveau cadre de croissance économique, selon OCP Policy, devrait commencer par une composition plus adéquate des dépenses d’investissement public (possiblement dans un contexte de baisse du niveau total de ces dépenses, imposée par la consolidation budgétaire ) entre l’infrastructure de base (routes, énergie, systèmes de télécommunications de base, eau et assainissement) et l’infrastructure avancée (technologies de l’information et de la communication avancées), ainsi qu’une meilleure répartition du capital public entre les régions. Cette réallocation des dépenses d’investissement en infrastructure est essentielle pour favoriser un ajustement des structures de production, c’est-à-dire un passage d’activités intensives en main-d’œuvre non qualifiée, basées sur l’imitation – ou l’adaptation limitée – de produits étrangers et reposant sur des technologies importées, vers des activités intensives en main-d’œuvre qualifiée, basées sur l’innovation nationale. Ces dernières nécessitent un accès rapide à l’information pour exploiter les opportunités offertes par de nouveaux marchés et favoriser le développement de réseaux internationaux de connaissance. Second pilier de la refonte, le renforcement des politiques visant à promouvoir la qualité de l’éducation – aussi bien dans le secteur secondaire que supérieur – et la formation continue, l’innovation nationale et l’Etat de droit, avec une perspective sectorielle fondée sur le choix de domaines porteurs de l’économie. Troisièmement, des réformes sont nécessaires au niveau du marché du travail visant à réduire le coût de la main-d’œuvre, diminuer l’inadéquation des connaissances de manière à favoriser
l’adoption de méthodes de production plus intensive en technologie avancée et permettre au pays de mieux exploiter les opportunités créées par les changements rapides auxquels il fait face sur les marchés mondiaux. Quatrièmement, des politiques spécifiques à l’égard de secteurs de production stratégiques, dont les secteurs agricole, manufacturier, des phosphates et des énergies renouvelables sont à adopter. Ces politiques ont un défi commun, celui de s’adapter à un environnement international en profonde mutation, et un objectif commun, celui de redéployer les ressources (investissement en capital physique et capital humain) de manière à favoriser la recherche et l’innovation, permettre un positionnement plus favorable sur la frontière technologique mondiale, et donc bénéficier au mieux de la croissance de la demande attendue dans ces secteurs. Cinquièmement, renforcer le rôle du secteur financier national dans le financement des petites et moyennes entreprises (PME), tant au niveau des activités de production que de celles d’innovation, et dans sa capacité à soutenir le processus de mondialisation des entreprises marocaines non financières, particulièrement dans leur stratégie régionale. Il s’agit aussi de favoriser une concurrence plus forte dans le secteur financier afin d’accélérer le développement du financement de marché (non bancaire), de développer l’épargne et l’expansion du financement de l’économie. Sixième recommandations du think-tank, une libéralisation plus poussée du compte capital et l’adoption d’un régime de change plus flexible, sous forme d’un flottement dirigé, dans le but de réduire les importations et d’aider au redressement de la balance des paiements, de retrouver une compétitivité-coût largement érodée au cours des dernières années, et de faciliter l’absorption de chocs externes. Enfin et dans sa dimension internationale, le rapport recommande une accentuation de la stratégie régionale visant à capitaliser sur la position géographique du Maroc, dans le contexte de la nouvelle division internationale du travail, pour délocaliser graduellement les activités manufacturières légères basées sur l’imitation et intensives en main-d’œuvre peu qualifiée vers notamment les pays francophones d’Afrique subsaharienne, de manière à tirer parti des faibles coûts du travail et favoriser la « montée en gamme » du pays. Ceci est d’autant plus réalisable qu’en Afrique francophone le Maroc peut tirer parti d’une présence bien établie dans nombre de secteurs – dont celui financier – et de l’héritage culturel commun pour affronter la concurrence chinoise bien installée. Il s’agirait de mettre en place les mécanismes nécessaires pour la création de chaînes d’approvisionnement intégrées. Encourager les IDE des entreprises marocaines dans la région, particulièrement en infrastructure de base. Envisager des mécanismes temporaires de soutien de l’État, y compris à travers des accords d’aide bilatéraux.

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