Pourparlers à Genève sur la crise syrienne: Moscou à la manoeuvre

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Pour la première fois depuis neuf mois, l’opposition et le régime syrien se retrouveront ce jeudi à Genève sous l’égide des Nations unies (ONU) pour des négociations censées enterrer un conflit qui a fait déjà plus de 300 000 morts. L’escale suisse fait suite aux discussions menée fin janvier, à Astana, capitale Kazakhe, sous le triple parrainage russe, turc et iranien. Discussions qui avaient permis d’asseoir un fragile cessez-le-feu négocié par Moscou et entré en vigueur le 30 décembre 2016. Si l’ONU reprend le flambeau, le médiateur des Nations unies Staffan De Mistura ne se fait pas trop d’illusions. « Je ne peux pas vous dire si cela marchera mais nous devons profiter de la tendance, car aucun cessez-le-feu ne peut durer sans solution politique », rappelait le diplomate italo-suédois, le 18 février à Munich en affichant son inquiétude notamment de « l’absence d’une stratégie américaine claire ».
La veille, le nouveau secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, avait certes participé à une réunion sur la Syrie en marge d’un sommet du G20, affirmant l’engagement de la nouvelle administration américaine dans ce processus mais sans pour autant rassurer vraiment ses interlocuteurs.
Au printemps 2016, les délégations négociaient dans deux pièces séparées avant que l’opposition ne quitte les discussions en signe de protestation contre l’intensification des bombardements à Alep et le blocage des aides humanitaire. A Astana, elles étaient face-à-face et elles devraient l’être de nouveau à Genève. Beaucoup de choses ont changé en quelques mois.
La reconquête, par le régime et ses alliés, des quartiers orientaux d’Alep a marqué un revers majeur pour l’opposition. Le régime paraît plus fort que jamais alors que l’opposition semble ne plus avoir beaucoup de marges de manœuvre.
Le basculement de la Turquie, longtemps son principal soutien, désormais engagé aux côtés de Moscou pour dégager issue au conflit, nourrit désormais ses espoirs. L’opposition mise sur le pragmatisme d’une Russie devenue le grand maître du jeu sur le terrain.
A Genève aujourd’hui comme à Astana en janvier, l’idée-force du Kremlin est d’agir de concert avec les autres pays eux aussi directement engagés sur le terrain, y compris dans le camp opposé, comme la Turquie, et surtout d’impliquer dans le processus de la façon la plus large possible les groupes combattants. La délégation de l’opposition syrienne, constituée début février à l’issue de consultations à Riyad, est composée de vingt membres, dix émissaires des groupes armés et dix représentants de formations politiques. En revanche, contrairement aux pourparlers de 2014 et 2016, ses deux dirigeants ont un profil de politiques et non de militaires.
L’ordre du jour de la réunion A Genève, dans la logique du processus lancé par la résolution du Conseil de sécurité 2254 de décembre 2015 parrainée à la fois par Washington et Moscou, l’ordre du jour consiste notamment en l’examen de la question de la transition politique en même temps que celle de l’élaboration d’une nouvelle Constitution afin de préparer le terrain à de futures élections.
Mais, une fois de plus, les discussions risquent d’achopper sur le sort de Bachar Al-Assad. L’idée du négociateur de l’ONU est donc, autant que faire se peut, de mettre cette question pour le moment de côté.

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