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Présidentielles au Chili : Un deuxième tour pour départager A.A. Kast et G. Boric

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Deux candidats à l’opposé de l’échiquier politique, J. A. Kast pour la droite, et G. Boric pour la gauche, se sont qualifiés le 21 novembre pour le second tour de la présidentielle au Chili, confirmant le recul des partis traditionnels deux ans après la révolte sociale.
Selon des résultats quasi-définitifs (95,58% des bulletins), J.A. Kast, ex-député et avocat de 55 ans, obtient 27,95% des voix, devant G. Boric, ancien leader étudiant et député de 35 ans, qui recueille 25,71 % des suffrages. «Nous allons retrouver la paix, l’ordre, le progrès et la liberté», a déclaré devant des centaines de partisans le chef du Parti républicain, ami du président brésilien Jair Bolsonaro et sympathisant de l’Américain Donald Trump. «Nous avons entendu une majorité de Chiliens qui veulent un pays en paix et sûr», a ajouté ce père de neuf enfants, qui entend maintenir le modèle libéral hérité de la présidence d’Augusto Pinochet (1973-1990).
Plus jeune candidat à la présidentielle de l’histoire du Chili, G. Boric, candidat de la coalition de gauche Apruebo dignidad qui comprend notamment les communistes, a défendu de son côté «un projet transformateur, sérieux et responsable, qui garantit la meilleure qualité de vie pour vous tous». «Nous ne sommes pas descendus dans la rue pour que tout reste pareil», a lancé à ses partisans l’ex-dirigeant de la Fédération des étudiants de l’Université du Chili, en référence à la vague de contestation sociale sans précédent qui a secoué le pays fin 2019.
Les deux hommes étaient les favoris des sondages pour se qualifier pour le second tour du 19 décembre, malgré ou grâce au fait qu’ils se situent en dehors des coalitions de droite et de centre gauche qui ont gouverné le pays depuis la fin de la dictature.
Quinze millions d’électeurs (sur une population de 19 millions) étaient appelés aux urnes pour départager sept candidats à la présidence, renouveler la totalité de la Chambre des députés, la moitié du Sénat, ainsi que les conseils régionaux. Le président conservateur, Sebastian Pinera, 71 ans, qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats (2010-2014, 2018-2022), a appelé les candidats à prendre le «chemin de la modération et non de la polarisation».
L’élection présidentielle se déroule dans un Chili en plein doute, deux ans après la descente dans la rue de dizaines de milliers de manifestants pour réclamer une société plus juste dans ce pays riche en cuivre, mais parmi les plus inégalitaires du monde, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Une nouvelle Constitution, revendication forte des manifestants en 2019, est également en cours de rédaction. L’élection en mai 2021 de l’Assemblée chargée de rédiger le texte avait déjà mis en évidence le recul des partis politiques traditionnels au profit d’indépendants, reflétant une profonde crise de confiance institutionnelle.
Si G. Boric compte de nombreux soutiens au sein de la jeunesse chilienne, ces derniers mois ont vu une montée inédite de la droite radicale dans les sondages, nourrie par la persistance des violences des protestataires les plus radicaux, et les préoccupations croissantes des électeurs pour l’immigration illégale et la criminalité. D’autant que la pandémie Covid-19 a fait monter le chômage, creusé la dette et que l’inflation avoisine désormais 6%, une nouveauté dans ce pays, après des décennies de stabilité politique et économique. Dans ce contexte, G. Boric aspire à faire de son pays un «Etat-providence». L’ancien leader étudiant veut augmenter les salaires et revenir sur la privatisation des services publics qui avait caractérisé la dictature du général Pinochet (1973-1990).
Ses détracteurs lui reprochent son inexpérience et sa proximité avec les communistes, membres de la coalition. Ils lui ont aussi longtemps fait grief de sa proximité avec les gouvernements cubain et vénézuélien, mais il a pris soin de se démarquer de ces deux épouvantails latino-américains.
Aux antipodes du programme de gauche, J.A. Kast propose de réduire les dépenses publiques et de donner un maximum de liberté aux marchés financiers. «Une société qui privilégie l’égalité sur la liberté n’aura aucun des deux», a-t-il estimé lors d’une conférence de presse avec des correspondants étrangers, citant son modèle, l’économiste américain monétariste Milton Friedman.

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