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Prix littéraires arabes : Booker menteur

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Qu’est-ce qui fait courir les romanciers arabes de grand talent ? Certainement pas les prix littéraires qui prêchent le faux à défaut de promouvoir une culture engagée et foncièrement authentique. Rien de plus normal à ce que des voix autorisées s’insurgent contre la dépréciation de valeurs sûres de la littérature arabe.

La scène intellectuelle arabe serait-elle condamnée à endurer une « traversée du désert » à l’heure où la logique du soft power déployée à grand renfort de pétrodollars semble prendre le dessus sur une réelle politique de promotion de la culture ? La question mérite d’être posée à l’heure où des joutes éclatent ici et là exprimant, en filigranes, le grand malaise qui se saisit de quelques vraies valeurs littéraires. Pour des penseurs qui n’ont plus rien à prouver, c’est « la prime à la médiocrité » qui est ainsi décriée depuis que « la malédiction des hydrocarbures » semble pourrir, il y a des lustres déjà, la scène arabe de la création. Renvoyant ainsi aux devant de la scène le constat, ô combien pertinent, des « Cités de sel » que le grand Abderrahman Mounif avait narré, avec une rare subtilité, dans sa célèbre saga golfique. Avant d’en remettre une couche avec une autre trilogie « Terre noire ». L’or noir empêche-t-il les vraies valeurs créatrices de briller des mille feux que l’espace arabe est en droit d’attendre ? En tout cas, le dernier Booker arabe qui a fait grand cas d’une œuvre romanesque tunisienne n’aura pas manqué de susciter bien des débats. En jeu, la pertinence du choix du jury réuni pour l’occasion. Abdelilah Belkziz, penseur marocain et romancier à ses heures perdues n’a pas manqué de remettre en cause le prix Booker lui-même qui reste, à ses yeux, peu crédible. Certes, Ahmed Al Madini, romancier marocain choisi pour l’occasion a été surclassé par Choukri Mabkhout, lui aussi universitaire et romancier. Mais le jugement de A. Belkziz ne serait pas mû par un quelconque tropisme « national » pour préférer Al Madini à Mabkhout plus qu’il n’est basé sur des critères objectifs. Le copinage et le clientélisme n’épargnent pas la scène intellectuelle arabe et finissent par déteindre sur les jugements critiques qui doivent rester au-dessus de tout soupçon. L’impartialité et l’objectivité passent à la trappe face à d’autres considérations qui, bien des fois, prennent des allures bassement mercantiles lorsque les éditeurs se retrouvent, eux aussi, dans la mêlée. Et bien entendu, ce qui vaut pour le Booker, prix d’Abou Dhabi, vaut aussi pour l’autre distinction, Katara en l’occurrence, que Doha promeut à bourse déliée. Ce dernier prix aligne sur la table pas moins de 650.000 dollars… Si le prestige de ces distinctions se mesure à l’épaisseur des liasses de billets verts distribuées, force est de souligner que les critiques arabes persistent à ne jurer que par le prix Mahfouz lancé par l’Université américaine du Caire depuis 1996. Voilà une distinction qui s’inscrit dans une vraie démarche de promotion de la littérature romanesque arabe loin des bouillons insipides servis par les nouveaux magistères de la création promus par les Etats golfiques. Khalil Suwayleh, romancier égyptien a réussi à mener une enquête assez révélatrice des liens avilissants que les promoteurs du soft power golfique tentent de tisser sur la toile arabe. Attitude qui rejoint le constat établi par le romancier syrien Khalil Al-Neimi. Tout au plus est face à « une avilissante foire aux enchères ». Celle qui dévoie les talents, jeunes ou moins jeunes, en fixant aux uns comme aux autres la recette du succès : sexe, terrorisme, dépravation des mœurs…
Faut-il y voir une aubaine pour l’éclosion de talents à même de prétendre à une consécration internationale comme ce fut le cas pour Naguib Mahfouz ? Rien n’est moins sûr… Tout au plus cette multiplication des prix sert-elle le prestige de ses promoteurs. Ce qui rejoint la case des « cartes politiques » qu’ils ont en main pour faire parler d’eux. Alors que leurs propres créateurs sont poursuivis pour un oui ou pour un non. Comme quoi, rien n’échappe désormais aux manœuvres politico-diplomatiques qui affectent jusqu’à ce que l’âme arabe a de plus pur : l’expression de son ressenti. Que reste-t-il de vertueux dans tout ce chari-vari prétendument culturel ? Les réponses qui se bousculent n’ont d’autres déclinaisons que la liberté d’expression, mise à mal dans de nombreuses contrées arabes, et l’étiolement de l’électorat face au dopage que procurent les chaînes satéllitaires dont l’embrigadement n’est plus à démontrer. Bref, le lavage des cerveaux n’est pas une invention du terroir. Mais son adoption n’en finit pas de faire des victimes. Daech a de beaux jours de terreur devant lui.

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