Projet de Budget 2016 : Les sondages vont bon train

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Passée l’euphorie d’une révision à la hausse du PIB, grâce à la récolte céréalière record, il faut s’attendre à ce que l’économie nationale évolue dans les mois à venir sous une triple contrainte. Un dialogue social en panne, des revendications patronales pressantes et une ré-industrialisation cahotante. Tout n’est pas aussi rose dans le tableau général.

A croire les déclarations de Mohamed Boussaid, tout va pour le mieux et dans le meilleur des mondes. Les grands équilibres sont saufs et la croissance sera au rendez-vous en 2015, avec un taux de croissance de près de 5%. Mais c’est aller vite en besogne que d’affirmer que tous les indicateurs sont au vert. Car l’effet de l’endettement, de plus en plus lourd au point d’atteindra la cote d’alerte, est minoré. Et on se plait au niveau de l’Exécutif de faire la part belle aux « nouveaux métiers » du Maroc qui consacrent, selon eux, la ré-industrialisation du pays. Par la grâce d’une sous-traitance liée aux multiples écosystèmes qui se greffent à la stratégie industrielle. Si on crédite cette politique volontariste de bien des acquis, comme les exportations de la filière automobile qui ont damé le pion aux phosphates, il n’en reste pas moins que des chiffres inquiétants sont à prendre en considération quant à l’atonie de l’activité économique. En 2014, pas moins de 7611 entreprises ont mis la clé sous le paillasson (contre un total de 4.000 en 2011, soit avant l’arrivée aux affaires de l’actuel Exécutif). Une érosion qui risque de s’accentuer au regard des multiples défis auxquels les opérateurs économiques restent confrontés. Défis qui poussent 17% du tissu productif à déclarer vouloir opérer des licenciements. Sous ce prisme là, autant dire que le climat socio-économique est loin d’être rose.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’euphorie dans laquelle l’équipe Benkirane semble installée aura cédé la place à un état d’alerte général sonné par le Roi lors du discours du Trône. Tant le système économique reste prisonnier de défaillances dont pâtit toujours un large pan du pays, souvent assimilé au « Maroc inutile ». D’où l’appel à la mobilisation de quelque 50 milliards de Dh pour tenter de rééquilibrer la donne, particulièrement en milieu rural.

ATTENTES
Mais la tension sociale qui persiste dans le pays a des raisons de se cristalliser davantage autour du chantier des réformes que le chef du gouvernement entend mener au forceps. Avec pour épine dorsale la révision du régime des retraites que les centrales syndicales, les plus représentatives, promettent de bloquer. D’autant plus que dans sa quête de réforme, le train engagé par Abdelilah Benkirane a subi un mauvais aiguillage qui a abouti à des rencontres séparées avec les syndicats. Rencontres au cours desquelles le patron de l’Exécutif a tenté de « vendre » cette grande réforme en achetant une paix sociale au rabais. La mésentente entre les acteurs du dialogue social risque de peser lourd dans la balance. Quand bien même le patronat a tenté de désamorcer, à chaque fois, des crises aigues. Notamment en s’alliant aux grandes centrales syndicales que le gouvernement faisait tout pour ignorer.
Pour voir plus clair dans le jeu de l’Exécutif, l’attention reste focalisée sur la lettre de cadrage que le Chef du gouvernement adresse, traditionnellement, au département des Finances en charge de préparer le projet de budget. Mais il faut croire que la proactivité dont fait preuve la CGEM reste entière même si le deuxième mandat de Meriem Bensaleh vient juste d’être entamé. En effet, faisant preuve de « la constance du jardinier », une rencontre a déjà réuni les représentants du Patronat avec le responsable en chef de la Direction générale des impôts (DGI). Une rencontre des plus studieuses au cours de laquelle la CGEM a exprimé le vœu de voir clair dans le calendrier des réformes attendues de l’Exécutif. Deux ans après les assises de la fiscalité, les opérateurs économiques cherchent, côté impôts, visibilité et lisibilité, cohérence et stabilité et justice et équité. En se félicitant du climat empreint de sérénité qui a marqué cette rencontre, les acteurs économiques qui font preuve de fébrilité à la veille de l’élaboration du projet de budget 2016, n’ont pas manqué de faire partager au Patron de la DGI leurs doléances. Notamment pour ce qui se rapporte à la TVA dont on revendique la convergence vers deux taux et dont on attend à ce que le remboursement des crédits soit généralisé. La révision de la fiscalité locale n’a pas été ignorée, non plus, à cette occasion. Dans ce sillage, le Patronat n’a pas hésité à appeler à la clarification des textes fiscaux et à la simplification des procédures. Des chantiers d’importance pour réussir le grand chantier que la CGEM appelle de ses vœux : l’intégration de l’informel. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la Confédération patronale a laissé expirer sa volonté de mener à terme une étude sur l’informel. De cette réunion d’information, force est de souligner que le Patronat a surtout cherché à faire valoir son sacerdoce : le levier fiscal doit être assimilé à un facteur de compétitivité pour l’entreprise marocaine. Aux yeux des employeurs, en agissant sur ce levier, c’est l’emploi qui sera ainsi promu, avec à la clé la création de plus de richesses et donc plus d’impôts.
AUTOCRITIQUE ?
Pour compléter le tableau, force est de souligner que le PJD, fer de lance de la majorité, n’a pas hésité à se lancer dans la bataille économique. Lors d’une journée de réflexion, le groupe PJD au parlement a passé au crible le modèle économique marocain qui reste, à leurs yeux, assez fragile pour permettre une croissance inclusive. Pour les élus de cette formation qui avait placé l’amélioration substantielle du taux de croissance au centre de son programme économique, le seuil de 7% a été mis en évidence, l’heure n’est plus aux prétentions. C’est sur le long terme que le taux de croissance du PIB, à 6,5%, devra être fixé. Pour favoriser une telle dynamique, le groupe fait sienne la lutte contre les contraintes institutionnelles qui bloquent la croissance. La rente relève, dans ce cadre-là, du cœur de cible. Une révision des accords de libre échange, avantageux pour les partenaires commerciaux du pays, serait aussi à l’ordre du jour. Avec, en sous main, le développement de l’offre export nationale. Cela sans oublier, bien sûr, l’investissement public, créateur de richesse à long terme.
De quoi sera fait le projet de budget 2016 ? Nombreux sont ceux qui donnent leur langue au chat. Surtout que des injonctions royales des plus fermes concernent les efforts de rattrapage au niveau des zones dont le développement du pays n’a pas encore profité.

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