Protection des biens publics : Qui veut la peau de M.T. Sbai ?

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L’Instance pour la protection des biens publics (INPBP) qui lutte contre la corruption qui gangrène le pays à tous les étages a de quoi gêner les prévaricateurs.  Dès lors, on complote pour faire éclater l’institution de l’intérieur. M.T Sbai qui fait de son combat une raison de vivre est au centre d’une cabale qui ne dit pas son nom. Une affaire éminemment politico-politicienne.

Depuis sa création en 2006 par une centaine de militants des droits de l’homme, l’Instance pour la protection des biens publics au Maroc (INPBPM) s’est singularisée dans son combat pour s’imposer. Aucun effort n’a été ménagé pour contrecarrer les corrompus que l’Instance cible. Surtout que la marge de manœuvre dévolue à cette inhabituelle structure s’est élargie avec les changements que le pays a connus depuis l’avènement de ce qu’il est convenu d’appeler « printemps arabe ». Réélu président en 2014, le militant Mohammed Tarik Sbaï, connu pour son franc-parler et son jusqu’au-boutisme, est devenu la cible des « ennemis de la réforme ». Rien de plus normal puisque l’ONG a, progressivement, haussé la barre de ses revendications. Partant de « sa conviction que la corruption ronge la société, mine les bases du développement économique et du progrès social, provoque le déclin des valeurs morales et une baisse de confiance dans les institutions, l’INPBP place « l’abrogation du système des privilèges » au centre de ses revendications. Pour ce faire, elle préconise la promotion d’un système d’évaluation et d’audit incorporant le principe de déclaration des biens par toute personne appelée à occuper un poste de responsabilité. En dépit des manœuvres, tracasseries et embêtements, l’INPBP n’a cessé de reprendre du poil de la bête. Et comme le coup qui ne tue pas rend plus fort, l’ONG est sortie encore plus solide de toutes les épreuves qu’elle a été condamnée à traverser. Mais depuis quelques semaines déjà, il faut croire que l’INPBP s’est retrouvée dans une drôle de galère qui gite de tout bord. Le naufrage est-il prévisible depuis que Abdelaziz Derouiche, ancien vice président s’est autoproclamé « calife à la place du calife » ? En tout cas, force est de souligner qu’un climat délétère règne au sein de l’ONG depuis que A. Derouiche a déclaré à la presse que la « commission administrative réunie le 16 juin » avait évincé le Président Mohammed Tarik Sbaï. Une guerre de légitimité sourd depuis entre les deux anciens frères de combat. Et comme la structure ne saurait s’accommoder d’un quelconque bicéphalisme, A. Derouiche, conseiller communal de l’arrondissement Souissi (Rabat), affirme que le sort de son rival a été définitivement scellé. Depuis que « la commission administrative s’est réunie pour élire un nouveau bureau exécutif et un nouveau président ». Pour voire clair dans cette fronde, le prétendant à la présidence assure que son élection s’est réalisée dans un parfait respect de la loi. « Nous avons le quitus du ministère de l’Intérieur et la seule partie habilitée à convoquer la commission administrative est moi », plaide-t-il.
Quant à Sbaï, il assure que « selon les statuts de l’association, le président est la seule partie habilitée à appeler à tenir des réunions de la commission administrative ». Une affirmation qui jette le discrédit sur les affirmations de son rival. D’autant que « la commission administrative s’est réunie le samedi 4 juillet et a maintenu Sbaï avec la majorité absolue ». Une commission qui n’est plus aussi fournie que lors du congrès tenu en 2014. A cette date, la commission administrative était composée de 88 membres. Mais depuis, elle ne compte plus que 49 membres suite au retrait de 39 membres appartenant au parti de l’Avant-garde socialiste (PADS). L’avocat au barreau de Rabat revient sur ces détails qui ne sont pas anodins : en martelant que « 26 membres étaient présents lors de la réunion du 4 juillet tandis que 6 membres s’étaient excusés». « Je ne sais pas comment le dénommé Derouiche peut prétendre organiser une soi-disant réunion du bureau exécutif avec 13 membres, tous affiliés à l’USFP, alors que le statut de l’instance fixe le quorum à 15 membres » s’interroge-t-il. D’autant plus que le dernier congrès avait fixé à 21 membres le seuil pour la constitution d’un bureau exécutif. Pour se jouer de la légalité, « A. Derouiche a du ajouter deux autres membres qui n’appartiennent pas à l’instance », affirme l’autre vice-président, Mohammed Samir Bouzid. Pis, s’interroge ce dernier, « comment se fait-il que des gens qui prétendent être des défenseurs des droits de l’homme sollicitent-ils les autorités pour interdire la réunion du samedi 4 juillet ? Sbaï enrage face à autant de manœuvres déstabilisatrices. « Ils sont allés au tribunal et ont enregistré une plainte pour interdire la tenue de la réunion de la commission administrative légitime », déplore-t-il. Mais il faut dire que le tribunal de première instance n’a pas donné suite à la requête des « factieux ». Réalité qui n’a pas été infirmée par A. Driouich qui voit en ce refus « une connivence de la part des autorités ». Pour Sbaï, une cabale plus large est menée contre lui et son instance. « La machination de certains acteurs contre nous n’est pas nouvelle. Il y a toujours eu des menées contre l’instance et son autonomie ». Selon ses dires, même des sympathisants du parti de l’Istiqlal ont cherché à lui couper l’herbe sous les pieds. Mais les comploteurs ont vite déchanté face à des militants autonomes qui ont mis les mains et les pieds pour préserver l’indépendance de l’instance à l’égard des partis politiques qu’ils soient de droite ou de gauche. « Voilà, le secret de réussite de l’instance mais également l’origine des ses problèmes surtout avec ceux qui ont des intérêts mercantiles et qui veulent faire du chantage en se servant de l’instance », assure Sbai. Ni favoritisme, ni chantage ne sont le lot de l’ONG qui bataille sur tous les fronts contre la prévarication qui mine le pays. Le feu aux lacs s’est déclaré, assure le militant controversé, lorsqu’une association sahraouie a remis à l’association un « dossier » concernant le président du conseil communal de Guelmim, Abdelwahab Belfkih. « Si on avait laissé de côté ce dossier, comme le suggéraient certains socialistes qui étaient avec nous, on n’aurait pas eu tous ces maux », déplore Sbai. Faisant allusion au Parti que pilote Driss Lachgar, le président de l’INPBP ne mâche pas ses mots lorsqu’il affirme : peut-on Imaginer qu’un parti politique de l’opposition s’allie à l’Intérieur et conspire avec lui ! ». Autant dire que dans cette affaire, Belfkih s’avère, aux dires de Sbaï, être un « protégé de l’Intérieur ». Et c’est le nom du ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur qui est ainsi nommément cité. « Que Charki Draiss vienne me contredire » tonne-t-il en soulignant détenir une photo de Belfkih baisant la main du commis de l’Etat. Selon ses dires, « Abdelwahab Belfkih a même réussi à infiltrer des organes sécuritaires censés protéger les intérêts de la nation et son intégrité territoriale. «Un retraité de la DST qui lui sert de conseiller », lâche-il. Et de s’interroger : « pourquoi cet édile n’a pas oser porter plainte contre moi au lieu de pousser le Conseil municipal a le faire pour injure et diffamation ? ». Sbai qui ne perd pas le nord assure qu’il ne mangeât pas de ce pain là : « Je lui ai dit, simplement, preuve à l’appui, vous êtes un voleur, vous dilapidez l’argent publique, faites du chantage aux entrepreneurs et recevez des pots de vin sous forme de pourcentage dans des affaires, vous encaissez des chèques et des traites, etc.» Toutes les preuves ont été jointes à la plainte déjà déposée auprès du procureur général de la Cour d’appel de Marrakech. 14 dossiers en tout auxquels s’ajoute un autre dossier déposé auprès du ministère de la Justice… Et si rien n’a bougé entretemps, c’est parce que le ministre de la justice a mis en veilleuse « toutes les plaintes déposées concernant les collectivités locales », assure Sbai. En attendant l’issue des épreuves électorales que le pays s’apprête à engager…

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