Qui en veut au Maroc en Espagne ? 

Entre Rabat et Madrid, tout semble marcher normalement. Mais derrière ce calme apparent, une guerre larvée est déclarée au Maroc par des milieux politiques espagnols prompts à privilégier les intérêts de leur pays au détriment de leur voisin du sud. 

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Le roi d'Espagne Felipe VI et le roi du Maroc Mohammed VI se rencontrent à Rabat, le 13 février 2019

A Madrid, la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants a examiné tout dernièrement, à la demande du groupe du Parti Populaire (PP), «l’asphyxie de Ceuta et Melilla par le Maroc», indique le quotidien El Faro de Ceuta.

La formation espagnole de droite a proposé la création d’«une commission interministérielle» chargée de suivre ce dossier, devant réunir plusieurs départements, comme les Affaires étrangères, des Finances, le Commerce et tourisme.

Vox, autre formation d’extrême droite a proposé d’ajouter à la liste des départements suscités le ministère la Défense, arguant qu’«il est décisif pour la commission d’avoir une vision globale des problèmes posés par les actions du Maroc», ajoute la même source.

Alberto Asarta, député Vox, a affirmé que Sebta et Melilla «sont des enclaves stratégiques» pour la sécurité de l’Espagne. «C’est la raison pour laquelle, elles accueillent plusieurs groupes militaires», a-t-il expliqué. Le parlementaire a précisé que la présence de la Défense aux débats sur cette question est «incontestable».

Les indépendantistes catalans y voient, à contrario, une démarche qualifiée de «belliqueuse». Joan Josep Nuet, député communiste catalan, à appelé certes à «être préparé aux provocations du Maroc et à protéger les citoyens de Ceuta et Melilla» sans pour autant rappeler que la situation dans les deux villes relève «d’un conflit néocolonial qu’au moins une des parties ne veut pas assumer».

Podemos, parti que dirige Pablo Iglesias, a critiqué l’approche «confrontationiste» prônée par la droite tout en plaidant pour «une défense des droits des travailleurs» qui vivent des échanges économiques frontaliers.

Le PSOE a défendu, lui, la politique du gouvernement Sanchez, indiquant qu’ «il a apporté une réponse efficace» à ce problème.

Les Canariens chantent leur partition

Il y a lieu de rappeler aussi que le Parlement des Iles Canaries s’est saisi de l’examen, mardi 22 septembre, de a décision du Maroc de délimiter ses frontières maritimes. Interpellé par le parti Nouvelle Canarie (opposition), le président du gouvernement autonome a affirmé que le projet marocain s’avère un «échec fracassant», indiquent des sources médiatiques locales. 

Sur un ton provocateur, Angel Victor Torres du POSE a indiqué que des mois après la publication au Bulletin officiel des lois 37.17 et 38.17, établissant la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son domaine maritime en Méditerranée, «il continue à ne toucher le moindre millimètre des eaux» de l’archipel.

Le chef de la région autonome a précisé que «rien n’a été exécuté parce que rien ne peut être exécuté» par le Maroc, soulignant que «dans tous les cas, Rabat devrait avoir l’approbation de ses pays voisins et du gouvernement espagnol». Et de réitérer son rejet total des «prétentions du Maroc» sur l’espace maritime atlantique près des Iles Canaries.

A. Torres a conclu sa réponse en annonçant que les lois publiées au Bulletin officiel du Maroc dans son édition du 30 mars, n’ont pas encore été soumises à aucun organisme international.

Pour rappel, le tracé géographique des eaux marocaines et la délimitation de la zone économique ont été reportés jusqu’à l’adoption par le gouvernement d’une loi organique devant fixer ses limites. Un tracé qui sera «conforme à la Convention de Montego Bay signée le 10 décembre 1982 et ayant fait l’objet du Dahir n°1.04.134 du 23 mai 2008», a promis le législateur marocain. Ce qui laisse, sans doute, une opportunité de dialogue avec l’Espagne et dans une moindre mesure la Mauritanie en vue de parvenir à un compromis sur ces deux questions.

A. Torres a déjà estimé, en décembre, que toute proposition du Maroc tendant à intégrer les eaux des Iles Canaries «sera sans effet et n’aura pas force de loi» car elle aura en face d’elle «une forte opposition» de Madrid, de son gouvernement et du Parlement.

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