The news is by your side.

Rapport de Ban Ki-Moon sur le Sahara : Eviter le pire…

17

Au Palais de verre, à New York, le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur le Sahara s’avère plus conciliant à l’endroit du Maroc. La diplomatie algérienne qui s’est évertuée à mobiliser autour de ses thèses anti-marocaines plus d’acteurs n’aura pas réussi à changer le cours des événements. La carte du séparatisme dérive dangereusement au risque d’embraser la région. C’est sur les diverses facettes de l’évolution du dossier saharien que Pr Abderrahmane Mekkaoui apporte nombre d’éclairages du géopoliticien qu’il est. Une lecture entre les lignes assez singulière.

Perspectives Med : Le dernier rapport établi par Ban Ki-Moon et soumis au Conseil de sécurité de l’ONU se distingue cette année par un changement de ton assez singulier, même si des pressions ont été exercées par les ennemis de la marocanité du Sahara, notamment en voulant intégrer l’Union Africaine dans la recherche d’une solution de paix. Si Ban Ki-Moon appelle les parties en conflit à renouer le dialogue pour une solution politique, il n’hésite pas à louer la paix dans les provinces sahariennes. Que suggère pour vous ce changement de ton surtout que les ennemis du Royaume avaient fait de 2015 une année décisive pour l’évolution du dossier saharien ?

Abderrahmane Mekkaoui : C’est une question pertinente car le rapport du SG de l’ONU est très équilibré pour des raisons objectives. Primo, Ban Ki-Moon a pris en considération la fermeté du Maroc, affichée via le discours royal du 9 novembre dernier, le Roi ayant rappelé la position du Maroc en recadrant la nature du conflit algéro-marocain, historique et de nature hégémonique. Ce discours fort a été suivi par un contact direct avec le SG des N.U mettant en garde la communauté internationale contre la manipulation et l’instrumentalisation de ce dossier par les mandarins onusiens inféodés aux positions algériennes. Deuxio, il y a lieu de relever l’instabilité de l’Afrique du Nord qui va de Dakar au Caire, l’effondrement de plusieurs Etats, la menace terroriste tout en affirmant indirectement la dimension sahélo-sahraouie du conflit saharien. Tertio, les rapports de la Minurso dans les camps de Tindouf ont ouvert les yeux de l’ONU sur le début de l’implosion d’une organisation qui n’a aucun caractère d’organisation de libération nationale, le Polisario ayant été réduit à une milice supplétive de l’ALN dirigée par le système algérien. Voilà autant de nouvelles données qui ont conduit à un changement de cap dans la position du S.G dont le rapport, il ne faut pas l’oublier, reste moral mais non sans influence.

Il y a même plus dans la démarche du S.G de l’ONU qui s’est interdit, face à la fermeté dont a fait preuve le Royaume à ce propos, d’élargir le mandat de la Minurso pour englober la veille sur les droits humains. N’est-on pas à la veille d’un contexte nouveau, notamment en insistant sur le recensement des Sahraouis séquestrés dans les camps de Lahmada, une revendication réitérée par le Maroc ?

A.M : De nombreuses études militaires ont démontré que les forces de la Minurso sont dans l’incapacité opérationnelle et juridique de muer en force de police. Et donc elles ne sauraient être l’outil adéquat pour assurer une mission supplémentaire, s’inscrivant en faux vis-à-vis de leur formation et de leur compétence, soit celle de superviser le respect ou non des droits humains dans les provinces sahariennes. A noter que le Maroc a toujours ouvert les portes aux délégations des diverses organisations onusiennes et droit-de-l’hommiste, cela sans parler du HCR, sans complexe aucun. Ceci au moment même où Tindouf, territoire algérien, reste fermé à ces mêmes organisations, cela sans parler des médias. D’ailleurs, force est de constater que le système algérien reste très chatouilleux sur la question des droits de l’homme en général et de ceux des Sahraouis en particulier. Dans le même sillage, le Maroc a légalisé des organisations indépendantistes opérant sur le sol marocain au vu et au su des délégations des Nations Unies sur place. Voilà qui fait qu’accabler le Maroc sur les questions des droits humains relèverait du recours à une arme de guerre diplomatico-médiatique en vue de diaboliser un Royaume stable et respectueux des droits humains.
Pour l’anecdote, plusieurs voix d’intellectuels et de la société civile algérienne s’élèvent de plus en plus fort pour critiquer Ramtane Lamamra qui se balade aux frais des contribuables pour soit disant défendre les droits des Sahraouis marocains tout en oubliant de faire de même pour les Sahraouis de Tamanraset, Ghardaya, In Salah, Ilizi et Timimoun !
Notons que la machine politico-diplomatique algérienne, bien huilée auparavant, commence à subir des ratés considérables. Car pour la première fois, ouvertement, Ban Ki-Moon appelle l’Algérie à répondre favorablement au recensement des réfugiés dans les camps de Lahmada qui sont constitués, en majorité, de ressortissants mauritaniens, maliens et algériens. Mohamed Lamine el Bouhali, ministre de la défense de la république fantomatique (le visionnaire défunt Hassan II avait vu juste lorsqu’il évoqua la RASD en n’y voyant pas plus que la formule consacrée « Rien à signaler dans le désert »), originaire de Rguibat Chark, n’a-t-il pas officié au sein de l’ALN en tant que sergent chef ? L’Algérie joue sur deux tableaux à la fois en s’érigeant tantôt en pays concerné, tantôt en pays intéressé pour bloquer, depuis 1975, et les Nations Unies et le HCR, tentés de recenser les Sahraouis. Rien d’étonnant pour un pays qui a refusé, en 1962 déjà, le recensement de la population du Sud algérien, comme stipulé dans les accords d’Evian signés avec le Général De Gaulle. L’ONU ne pouvait pas rester insensible face au scandale qui a fait l’objet d’un rapport de l’Union Européenne quant aux aides allouées par la communauté internationale aux réfugiés et détournées par les généraux algériens et leurs supplétifs du Polisario. Plusieurs tonnes de ces aides (denrées alimentaires, médicaments, tentes, etc) sont vendues aux organisations terroristes actives en Libye et dans le Sahel, dont Mokhtar Belmokhtar, alias le « borgne », était l’intermédiaire.

Autre fait notable établi dans le rapport onusien a trait, lui, et c’est une première, à l’existence d’une fronde dans les camps gérés par le Polisario sous supervision algérienne. Des incidents ont été notifiés pour la première fois de l’autre côté du Mur de sécurité bâti par le Maroc alors qu’ils ont été tus par des médias occidentaux prompts à s’enflammer pour les droits humains dans le Royaume. Qu’en pensez-vous ?
A.M : Tous les observateurs avertis soulignent que le Polisario est en perte de vitesse. Ce qui explique son agonie tient, entre autres, à la crise de succession à la tête de ce mouvement. La lutte s’est exacerbée entre Rguibat Sahel et Rguibet Chark, cette dernière frange ayant les faveurs du DRS algérien (services de renseignement et de sécurité) qui voudrait garder en main la carte du Polisario. En plus, l’émergence d’un mouvement islamiste parmi les jeunes sahraouis inquiète l’Algérie surtout qu’il est établi que nombre d’entre eux s’étaient enrôlés au sein du MUJAO et Al-Moulathamoun. Lamine Bouchneb qui a dirigé l’opération commando contre le site gazier d’In Amenas en est la preuve. Plusieurs soldats et sous-officiers du Polisario constituent la charpente des mouvements armés qui sévissent dans l’espace sahélo-saharien. Les médias occidentaux ne font pas état de ce glissement dangereux que le Maroc a tôt fait de mettre en évidence. Et last but not least, la crise politique en Algérie et l’éveil de l’opinion algérienne impactent le dossier sahraoui et ce malgré les efforts déployés par les généraux algériens pour masquer la réalité.

Le S.G de l’ONU prend sur lui de souligner les risques que fait courir « le blocage » actuel de la situation d’une région sahélo-saharienne dont la stabilité est fragilisée par les dérives des bandes armées dont les intérêts convergents avec ceux de groupuscules terroristes. Ban Ki-Moon a-t-il fini par se rallier à la thèse défendue par le Royaume depuis quelques années déjà ?

Tous les pays de la région sont menacés par des ennemis proches et lointains, très actifs en Libye, en Tunisie, en Algérie, voire même en Egypte. Tout changement de la réalité sur le terrain aura des répercussions fâcheuses sur la sécurité et la paix internationale. Et tout glissement qui risquerait d’affaiblir le Maroc déstabiliserait directement aussi bien l’Algérie, la Libye que le Mali… Voire l’Egypte qui, malheureusement, vit sa décennie noire. On comprend dès lors pourquoi Ban Ki-Moon s’évertue à relancer le dialogue plutôt que la confrontation, en attirant l’attention sur les risques de basculement de la région vers l’inconnu.

Face à ce faisceau de révélations, peut-on dire que la diplomatie marocaine a réussi à déjouer les plans ourdis par ses ennemis ?

A.M : Le discours royal clair, net, ferme et décisif a balisé la voie à la diplomatie marocaine qui devient de plus en plus offensive et qui fait réfléchir plusieurs capitales. Ce n’est pas pour rien qu’au sein de pays comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Ethiopie et même l’Algérie, des voix s’élèvent pour exiger des dirigeants de revoir leur stratégie anti-marocaine. Bien entendu, plusieurs fronts sont encore à investir, surtout en Amérique Latine et en Asie, outre les pays nordiques, pour engranger d’autres acquis. Notre diplomatie qui a l’Histoire avec elle dispose de plusieurs cartes à faire valoir pour contrer propagande et subversion des ennemis de l’intégrité territoriale du Maroc.
D’ailleurs, force est de rappeler que le rapport des amis du Sahara (USA, Angleterre, France, Espagne) a confirmé l’orientation de Ban Ki-Moon après de longues négociations tenues secrètes. Les Américains qui ont toujours été chargés de rédiger les rapports des amis du Sahara ont confirmé le caractère non prioritaire du conflit, le renouvellement du mandat de la Minurso pour une année et l’appel au dialogue pour une solution politique en incluant le HCR dans le recensement des réfugiés dans les camps de Lahmada. Cela a battu en brèche la machination algérienne et réduit à néant ses efforts de lobbying aussi bien au siège des Nations Unies qu’en dehors de New York.
Pas de résolution décisive concernant le Sahara en 2015, pas de Nouveau Président et pas de CAN, ce puissant soporifique pour 2017… Une Algérie qui perd sur tous les tableaux pourrait être tentée par une aventure militaire par délégation contre le Maroc. Ignorant l’état d’esprit des dirigeants algériens, les militaires occidentaux éloignent cette perspective, surtout que l’armée algérienne fait face à Daèch en Libye depuis qu’Ansar Acharia ont été phagocytés et Okba Ibnou Nafia en Tunisie, cela sans parler du Sahel et de ce qu’ils appellent « terrorisme résiduel» d’Abdelmalek Droudkal, alias Abou Moussab Abelwadoud. Mais les Marocains qui connaissent bien le mental algérien vont redoubler de vigilance. Aucun scénario n’est à écarter.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :