Rebondissement dans l’affaire du chantage au roi : Le dossier est loin d’être clos…

Critiquant les méthodes utilisées par l’instruction, la Cour de cassation a rendu son verdict, mardi 20 septembre, dans le dossier de chantage mettant aux prises les affreux de la plume Eric Laurent et Catherine Graciet au Roi du Maroc, estimant que deux des enregistrements clandestins des journalistes, réalisés par Me Hicham Naciri, avocat du palais, avaient été menés avec la « participation indirecte » des enquêteurs français, « sans le consentement des intéressés », et cela alors qu’il s’agissait « de propos tenus par eux à titre privé ». Le premier enregistrement rendant compte de la première rencontre entre E. Laurent et Me Naciri, n’est donc pas concerné par cette décision puisqu’il est intervenu avant que les enquêteurs, saisis d’une plainte le 20 août 2015, ne soient affranchis quant à la volonté de l’émissaire du Palais d’enregistrer les deux réunions qu’il comptait tenir avec les auteurs du « brûlot » objet du chantage, via son téléphone portable. Si rien en droit français n’interdit à une victime de chantage d’accumuler elle-même des preuves, notamment via des enregistrements clandestins réalisés le 21 août avec E. Laurent et le 27 août avec le duo, il y a lieu de relever que la procédure pénale s’avère des plus tatillonnes, droits humains obligent, dès que des policiers y sont mêlés. Le rejet de ces enregistrements par la Cour de Cassation a été jugé comme « une grande victoire » par Me Eric Moutet, avocat de C. Graciet. C’est donc la décision de la cour d’appel de Paris du 26 janvier qui est ainsi cassée par la Cour. Ce qui, dans le fond, n’invalide nullement les enregistrements en question. La balle est donc renvoyée dans la cour de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Reims appelée, elle, à juger le fond du dossier qui ne fait aucun mystère quant à ses réels mobiles : le chantage !
Pour rappel, les deux journalistes avaient été arrêtés le 27 août 2015 devant l’hôtel Raphaël, dans le XVIe arrondissement de Paris, à l’issue du troisième rendez-vous avec Me Naciri. Lors de leur interpellation, les policiers ont retrouvé sur eux 80 000 euros en liquide. L’un et l’autre ont depuis plaidé une simple « transaction financière » en l’échange de la non-publication de leur pamphlet.
Me Eric Dupond-Moretti qui défend les intérêts du Maroc se dit « sidéré » par la décision de la Cour de Cassation. « Si vous êtes victime d’extorsion de fonds, surtout ne prévenez ni la police ni le procureur », raille-t-il, tout en précisant que rien n’est annulé. « Pour le moment, il reste les faits reconnus pendant l’audition et l’argent remis lors du dernier rendez-vous. Ni la garde à vue, ni les interpellations, ni les aveux ne peuvent, en tout état de cause, être annulés, à la suite de ces enregistrements. La cour d’appel peut résister à cet arrêt de la Cour de cassation, c’est ce que nous l’invitons à faire. »
L’évolution du dossier, désormais inscrite dans le temps, ne saurait passer outre le fond du dossier : des maîtres chanteurs ont tenté d’extorquer des fonds à la monarchie marocaine en menaçant de mettre sur le marché un « livre explosif ». Le tarif de leur forfaiture a même été fixé à 3 millions d’euros. Comme quoi, les auteurs d’un prétendu brûlot ont fini par être brûlés au feu de leur cupidité. Qui soutiendra le contraire ?

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