Renforts militaires turcs pour Tripoli: Ankara veut-il torpiller le sommet de Berlin ?

À l’heure où les yeux sont braqués sur Berlin qui doit accueillir une rencontre sur la crise libyenne, rencontre à laquelle le patron de l’ONU espère l’implication de toutes les bonnes volontés, Ankara vient de surprendre la communauté internationale en décidant l’envoi de troupes turques renforcer les défenses de Tripoli contre les visées du maréchal Khlifa Haftar.

Recep Tayyip Erdogan a annoncé l’envoi de troupes en Libye en soutien aux forces du gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj face aux forces du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar.
«Nous envoyons nos troupes pour soutenir le gouvernement légitime libyen», a-t-il dit s’exprimant jeudi 16 janvier lors d’une conférence consacrée aux résultats économiques du pays en 2019.
R.T. Erdogan a ajouté que la Turquie continuerait d’utiliser tous ses moyens diplomatiques et militaires pour assurer la stabilité à sa frontière sud, terrestre ou maritime, intégrant la Libye dans cet objectif.

Ankara joue avec le feu dans une région déjà instable et son attitude témoigne de sa contrition face à la rencontre de Berlin à laquelle ses représentants seront présents.
L’appel d’Antonio Guterres, S.G de l’ONU, n’aura pas eu l’écho favorable du côté turc.
De quoi compliquer davantage la mission allouée au Représentant spécial des Nations Unies en Libye, Ghassan Salamé, qui a formé l’espoir que la prochaine conférence de Berlin sur la Libye conduise à un cessez-le-feu durable.
Force est de rappeler que la crise libyenne pèse de son poids sur la dynamique diplomatique régionale.
Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, en visite à Alger, dans les pas de son chef de la diplomatie Luigi Di Maio, s’est entretenu avec son homologue algérien Abdelaziz Djerad ainsi qu’avec le Président Abdelmadjid Tebboune sur la crise libyenne.
Une rencontre devant permettre aux deux parties de coordonner leurs positions à la veille du sommet de Berlin sur la Libye.

Si la diplomatie algérienne ferraille depuis plusieurs semaines en vue de créer les conditions propices à une relance effective du «dialogue inter-libyen et à l’initiative de paix des Nations-unies», il y a fort à craindre de voir la rencontre de Berlin subir le même sort que celui qu’a connue celle de Moscou et à la table de laquelle la Turquie était conviée.

En attendant l’arrivée des renforts turcs promis par R.T Erdogan, lesquels sont sous la menace de l’ANL que dirige K. Haftar, la tension reste palpable à Tripoli où règne un calme précaire. Chaque camp essaie de conforter sa position quitte à malmener le cessez-le-feu fragile.

Pour maintenir ses positions, le camp de K. Haftar a fait appel à des renforts, alors que les forces de Fayez. el-Sarraj peuvent compter sur le soutien de centaines de mercenaires syriens, déployés par la Turquie à Tripoli. Deux mille Syriens sont arrivés sur place ces dernières semaines, rapporte The Guardian.

Le dossier libyen est toujours l’objet de multiples déclarations et contacts téléphoniques entre les responsables internationaux. Aguila Saleh, le chef du Parlement libyen, était ce mercredi matin au Caire.
Devant le Parlement arabe, il a affirmé que l’armée nationale libyenne (ANL), dirigée par K. Haftar, continuera sa mission et entrera prochainement dans Tripoli pour la libérer des milices.

Dans la capitale égyptienne, A. Saleh a également appelé les pays arabes à ne plus reconnaitre le gouvernement d’union nationale.
«Sa validité est terminée légitimement et constitutionnellement», a-t-il lancé.
Le chef du Parlement libyen a également demandé aux pays arabes d’intervenir pour faire face à l’intervention de la Turquie en Libye.
Selon lui, les deux accords signés entre Ankara et le gouvernement F. el-Sarraj sont illégaux, puisqu’ils n’ont pas reçu l’aval du Parlement.

Dans un communiqué, le Parlement arabe a dénoncé la décision turque d’envoyer des forces en Libye. S’adressant aux Nations unis, il a demandé au Conseil de sécurité de prendre des mesures urgentes pour stopper le transfert des combattants étrangers en Libye. Les efforts pour régler le conflit en Libye se sont intensifiés mardi, avec l’annonce par Moscou d’une trêve prolongée de manière «indéfinie» et celle de la tenue d’une conférence internationale dimanche à Berlin pour tenter d’amorcer un processus de paix.

L’annonce concernant la trêve est intervenue lors de négociations à Moscou en présence des deux chefs rivaux libyens, qui ne se sont cependant pas directement rencontrés. Et l’un d’eux, le maréchal K. Haftar, a refusé de signer un accord formel de cessez-le-feu dans l’immédiat.

Outre le cessez-le-feu, qui a débuté dimanche, le projet d’accord prône «la normalisation de la vie quotidienne à Tripoli et dans les autres villes» et l’accès et la distribution «en toute sécurité» de l’aide humanitaire.
Ankara soutient El. Sarraj et déploie même pour ce faire des militaires tandis que Moscou, malgré ses dénégations, est soupçonné d’appuyer K. Haftar avec des armes, de l’argent et des mercenaires.

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a dénoncé mardi «l’engagement militaire» de la Russie et de la Turquie dans le conflit en Libye, dressant un parallèle avec la situation en Syrie. «Les choses nous échappent en Libye», a déploré J. Borrell lors d’un débat au Parlement européen à Strasbourg.

Plusieurs pays y seront représentés, dont la Russie, la Turquie, les États-Unis, la Chine, l’Italie et la France, mais un doute plane encore sur la participation de K. Haftar et de F. Al-Sarraj, tous deux invités mais dont la présence n’est pas à ce stade confirmée.

Cette rencontre, qui se déroulera à la chancellerie allemande, entre dans le cadre du processus engagé par l’ONU pour parvenir à une «Libye souveraine» et pour soutenir «les efforts de réconciliation à l’intérieur de la Libye» même, a indiqué le gouvernement allemand dans un communiqué.

Son objectif premier consistera à empêcher tout pays étranger à s’immiscer dans les affaires intérieures libyennes, notamment en terme de soutien militaire.
Sur cette base, un embargo sur les armes pourrait sera proposé aux participants, a indiqué mardi le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.
Cette évolution constitue «la condition sine qua non pour qu’il n’y ait pas de solution militaire en Libye, mais une solution politique», a-t-il dit.

L’UE redoute en particulier que la Libye ne devienne une «seconde Syrie» et veut réduire la pression migratoire à ses frontières.

Pour Moscou, les Occidentaux sont responsables du conflit en Libye car ils ont soutenu militairement les rebelles qui ont renversé et tué le colonel Kadhafi en 2011.

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