Répression anti-palestinienne en Israël: Permis de tuer…

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A l’heure où le procès d’Elor Azaria devrait démarrer ce mardi 21 février, ce jeune sergent de l’armée israélienne ayant été reconnu coupable d’avoir tué en mars 2016 un Palestinien gisant sur le sol, blessé après avoir mené une attaque au couteau contre des militaires dans la ville de Hébron en Cisjordanie, la société israélienne semble divisée sur le sort qui sera réservé à l’exécuteur. Car si le procureur a requis trois à cinq ans de prison à son encontre, nombreux sont ceux, y compris au sein du gouvernement, qui aimeraient le voir gracier.
Le Premier ministre Benyamin Netanyahu a apporté son soutien à cette démarche, estimant que « les soldats sont nos fils et nos filles ». Elor Azaria pourra encore décider de faire appel après le prononcé de la peine… Mais pour la phase de première instance, c’est là la dernière audience.
Les Palestiniens dénoncent une condamnation symbolique et une politique systématique d’exécutions sommaires depuis le début de la vague de violences qui secouent Israël et les Territoires palestiniens depuis l’automne 2015.
L’armée israélienne ne fournit que rarement les vidéos des assaillants palestiniens abattus malgré les demandes pressantes d’organisation de défense des droits de l’homme qui suivent ces affaires.
Un manque de transparence et une impunité totale, c’est d’ailleurs ce que dénonce Al Haq la plus ancienne organisation palestinienne de défense des droits des Palestiniens qui a mené une vaste enquête sur ce que l’on nomme l’« Intifada des couteaux », en partenariat avec l’ONG internationale Human Rights Watch. Tahseen Ellayyan, responsable de la section Enquête et documentation, a minutieusement décortiqué plus de 150 dossiers de Palestiniens tués par des soldats ou des policiers israéliens depuis l’automne 2015.
Après avoir eu accès aux procès-verbaux, interviewé des témoins oculaires et visionné les rares vidéos disponibles, il avance « en toute confiance », que dans 85% des cas, il s’agit d’exécutions sommaires. « Selon nos recherches, les soldats visent les organes vitaux, et alors qu’ils ne sont pas en situation de légitime défense. Dans de nombreux cas, les assaillants palestiniens étaient déjà neutralisés, mais les militaires ont continué à leur tirer dessus : ce qui veut dire qu’il existe une politique du « tirer pour tuer » », certifie Tahseen Ellayyan.
Human Rights Watch dénonce un permis de tuer délivré aux soldats qui ne sont pas en situation de danger par de hauts responsables de l’armée et de la police israéliennes. Une tolérance zéro serait-elle prônée par la hiérarchie des forces de l’ordre ? Pourtant, les procureurs israéliens qui ont aussi enquêté de leur côté ont remarqué que les pièces à conviction étaient bien souvent contaminées par les soldats. Selon un rapport auquel le quotidien israélien Haaretz a eu accès, les magistrats ont remarqué qu’il était difficile de retracer le déroulé des faits après une attaque. Ce qui pourrait mettre en difficulté l’Etat hébreu devant une cour de justice étrangère.
97% des 150 affaires suivies de près par les organisations de défense des droits de l’homme ont été classées sans suite. Elles comptent saisir prochainement la Cour pénale internationale pour obtenir justice sur ces dossiers. Ce que l’on nomme « Intifada des couteaux » a déjà coûté la vie à près de 250 Palestiniens et 35 Israéliens.

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