Retenue des eaux dans les barrages: Plus de questions que de réponses

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On assure que le taux de remplissage des barrages a atteint les 78%. Mais on oublie d’évoquer « l’état de santé » desdits barrages et du taux des sédiments qui rendent le calcul de tout pourcentage caduc. Tout n’est pas aussi clair que de l’eau de roche lorsqu’on parle des richesses hydriques mobilisables.

A la mi-mars, il faut dire que les données climatiques rassuraient déjà quant à la bonne tenue de la campagne agricole en cours. En effet, le cumul pluviométrique moyen national s’est élevé à 318,9 mm, soit plus de 12% par rapport à la normale (285,8 mm) et de 50% par rapport à la campagne précédente (212,8 mm). Le cumul des précipitations aura donc contribué à ce que les réserves des barrages à usage agricole s’élèvent à 10,67 milliards de mètres cubes, en hausse de 9%. Quant aux taux global de remplissage des barrages à usage agricole, il est de 78% contre 72%. Un taux qui permet aux zones de barrages de disposer de stocks suffisants pour couvrir les besoins d’irrigation de la campagne actuelle et sécuriser au minimum 2 autres campagnes agricoles. Présentées en l’état, ces données ont de quoi réconforter. Toutefois, force est de souligner que les disponibilités hydriques ne collent nullement à la réalité. Surtout que le taux d’envasement des barrages est loin d’être connu. Et que pour des raisons éminemment économiques, le traitement d’un tel phénomène se fait au compte goutte s’il n’est pas renvoyé sine die. Ce qui représente un réel danger pour les ouvrages hydrauliques pour la réalisation desquels des milliards de dirhams ont été consentis. Des spécialistes assurent que les reports des opérations de traitement de l’envasement dont les coûts restent prohibitifs comportent des « risques de rupture ». D’autant plus que la majorité des barrages sont atteints de vieillissement. « Lorsqu’on sait que la durée de vie d’un barrage est de 50 ans, il faut s’alarmer dès lors que l’on fasse l’économie des travaux d’entretien idoines », assure un ingénieur spécialiste dans l’hydraulique.
Au ministère en charge de l’eau, on n’hésite pas à mettre en relief la question de la rareté de l’eau qui fait que le pays vit déjà au seuil de ce qu’il est convenu d’appeler « stress hydrique». Mais on hésite à aborder la question des barrages qui restent des « ouvrages sensibles » qui méritent un suivi par tous les temps pour diagnostiquer tout comportement pathologique. Bien entendu, il s’agit là, sans doute, de l’affaire de l’Equipement. Mais ce qui est sûr, c’est qu’au niveau de ce département aussi, on ne communique point sur les résultats des auscultations opérés en quasi-exclusivité par des experts étrangers.

y a-t-il un “etat de santé” des barrages?

Certes, un programme dynamique est mis en branle pour permettre au pays de faire l’économie de toute pénurie d’eau potable… Un scénario catastrophe qui poigne à l’horizon avec le changement climatique et le calendrier désormais chaotique des précipitations. En effet, 2 à 3 barrages sont construits annuellement pour éviter les points de rupture craints. Mais la question qui se pose, avec acuité, a trait, elle, au remplacement des ouvrages arrivés au terme de leur durée de vie. Une question nodale si on sait, comme le rappelle nombre de spécialistes, que « les sites économiquement rentables sont épuisés ». L’affaire relève de l’urgence… Comme l’aura été, sans doute, l’action de vidange à niveau bas qui a été menée au niveau du Barrage Sidi Driss. La veille sur les canaux dédiés aux opérations de vidange relève de la plus haute importance, indique-t-on. Surtout que les opérations de traitement des sédiments laissent à désirer. Car pour prévenir le pire, rien ne vaut les opérations de vidange à titre préventif. En attendant que les diverses opérations menées au niveau des bassins versants pour prévenir les déchets charriés par les eaux pluviales puissent s’exprimer au mieux. Notamment en matière de reboisement, seule alternative au lessivage des sols. Opérations qui n’excluent nullement l’aménagement et la maintenance des cours d’eau, opérations qui relèvent, toutes, de l’Equipement et des travaux publics. Dès lors, une des revendications que nombre d’opérateurs exigent aujourd’hui du ministère de l’Equipement a trait aux « carnets de santé » des différents barrages. Ce qui éclaire sur l’état de maintenance des divers ouvrages hydrauliques en place. Ceux là même qui ne doivent souffrir d’aucun tassement (comportant le risque de fissure), d’aucun phénomène de bascule, d’aucun « piping » ni renardage.
Autre phénomène des plus pernicieux à soulever a trait, lui, à l’eutrophisation des barrages. En effet, le surplus en algues que les lacs produisent fausse les données quant aux retenues réelles en eaux des barrages. Plus, ils induisent un surcoût non négligeable au niveau du traitement de la qualité des eaux potables mobilisées.

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