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Retrait d’Afghanistan : fiasco annoncé

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Après 30 ans de guerre (de la guerre froide aux attentats de 11septembre 2001), l’Afghanistan est livré à lui même. Le 31 décembre 2014 marque la fin de 13 ans de présence militaire de l’Isaf et 1000 milliards de  dollars engloutis : le pays devra faire face à de multiples défis. Multiples sont les enjeux pour un pays instable.

Aujourd’hui, l’OTAN achève sa mission de combat, (…) avec d’importantes réalisations après d’énormes sacrifices de milliers de soldats de la coalition et des forces de sécurité afghanes ». C’est avec ces mots triomphalistes que le général John Campbell, commandant de l’Isaf a enterré une mission de 14 ans en ce dimanche 28 décembre 2014. « Nous avons créé les conditions de sécurité qui ont permis l’émancipation de la société afghane après des décennies de guerres incessantes.(…) Nous avons élevé le peuple afghan hors des ténèbres et du désespoir et nous leur avons donné de l’espoir pour l’avenir » devait-il préciser.
Pour sa part, Barack Obama a salué le fait que « la plus longue guerre dans l’histoire des Etats-Unis s’achève de manière responsable (…) que la présence militaire américaine avait permis « aux Afghans de reconstruire leur pays, de tenir leurs premières élections et d’achever leur première transition démocratique dans l’histoire du pays » et de promettre que parce que, « l’Afghanistan reste un endroit dangereux » (…) « les Etats-Unis et leurs alliés maintiendront une présence militaire limitée en Afghanistan afin d’assister et d’entraîner les forces afghanes, ainsi que pour mener des opérations antiterroristes contre ce qui reste d’Al-Qaïda ».
Cinglante, la réponse des Talibans n’a pas tardé via un communiqué qualifiant le retrait de troupes occidentales d’ « échec absolu » tout en promettant de continuer le combat jusqu’au départ des 12 500 instructeurs occidentaux présents sur le sol afghan.
Derrière le triomphalisme des uns et la détermination des autres, la question qui se pose serait de savoir si les forces afghanes sont capables d’assurer, seules, le semblant de sécurité qui régnait dans le pays.
Si l’on doit se référer aux chiffres, un seul suffit pour mesurer le fossé entre les déclarations de bonnes intentions et la réalité. En 2014, le tribut payé par l’armée afghane s’élève à 3485 soldats tués soit l’équivalent des pertes des forces de la coalition depuis le début de leur intervention fracassante au lendemain des attaques du 11 septembre 2001. Avec autant de perte de quelle armée parle-on au juste ? Avec 350 000 soldats, l’armée afghane est minée de l’intérieur. Considérée comme une force supplétive de l’Isaf, son Etat major a longtemps hésité pour la concevoir. A 80 % analphabètes, ses hommes reçoivent une formation sommaire de 60 heures pour apprendre à lire et par conséquent être capables, sur papier, de manier et d’entretenir des armes modernes. Au-delà, le clanisme qui règne dans le pays fait que l’armée enregistre chaque année pas moins de 10 % de déserteurs. Cela sans parler de la corruption qui mine la société. Rien ne prête à l’optimisme. Au départ des Occidentaux, répond la montée en puissance des seigneurs de la guerre qui, grâce à l’argent de la drogue, entretiennent des milices privées mieux payées que les subsides versés par l’armée afghane à ses soldats. Les talibans, de plus en plus actifs, profitent de la déliquescence ambiante. Stationnés au sud et à l’Est du pays, ils ont pour habitude de cesser leurs opérations durant la saison froide. Cette année, la « trêve hivernale » ne semble guère être de mise, bien au contraire.
Dans son dernier rapport, le CICR note que 50% de la population afghane n’a pas accès aux services de base. Les efforts des Occidentaux pour palier au manque d’infrastructures sont restés vains puisque les écoles, dispensaires et autres infrastructures sont tout simplement des coquilles vides. L’Afghanistan de 2014 est tout autre comparé à celui de 2001. L’urbanisation rapide du pays due à l’exode rural pour des raisons tout aussi bien économiques que sécuritaires a accentué la précarité de l’Afghan si bien que le contrat social est rompu surtout que la greffe du mode de vie Occidental ne prend pas. C’est l’échec cuisant de la politique américaine qui voulait faire de l’ingénierie sociale par les armes. Alors ou sont passé les 150 à 200 milliards de dollars d’aides civiles injectés ?
Selon l’indice de perception de la corruption publié par Transparency international, l’Afghanistan occupe la 172 place sur 175 pays.
La corruption faits des ravages. Les scandales qui touchent aussi bien le petit fonctionnaire que le sommet de l’Etat sont légion.
Honnie comme toutes les armées d’occupation, l’ISAF a cessé de s’attaquer à la culture du pavot de peur de se mettre davantage la population rurale à dos. Ce fut aussi un moyen de payer les informateurs en laissant proliférer cette culture. Cet argent profite à tous : gouvernement, police, armée, caïds locaux et paysans sans oublier les Talibans !!
Parce que ses profits sont confortables, il n’y a pas de produits de substitution à la culture du pavot si bien qu’en 13 ans, la surface réservée à sa culture a été multipliée par 28 principalement dans le sud du pays. Avec 80 % de la production mondiale du pavot et du cannabis, l’Afghanistan trône au sommet. Avec le tarissement des aides américaines, ce narco Etat a de beaux jours devant lui.
Après les récentes élections, Hamid Kharzai a été balayé par les urnes. Du statut de chouchou de l’Oncle Sam, il est devenu le « Boulet » en ayant complexifié sa sortie de la scène politique. Son bilan politique tient en quelques lignes : Il n’y ‘a pas de pouvoir exécutif en Afghanistan. A 30 Km de Kaboul, les Talibans verrouillent le pays. Certes ils n’ont pas les moyens de contrôler tout le territoire, mais ils peuvent lancer des attaques au cœur même de Kaboul. Le Président actuel Ashraf Ghani, élu depuis le 29 septembre, peine à former un gouvernement tellement les composantes politiques ont des intérêts contradictoires. Les Talibans n’ont jamais été loin car si la guerre n’a jamais cessé, la diplomatie aussi, dixit Lakhdar Brahimi.
Avec la recrudescence de leurs attaques, ils veulent se mettre en position de force pour peser sur les négociations à venir et sur les choix politique du nouveau Président

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