Russes, syriens et iraniens se retrouvent à Moscou : Barrer la route de Raqqa à Daech

Très tôt dans la matinée, une vaste offensive a été lancée sur deux fronts à l’ouest et au nord-ouest d’Alep par un conglomérat de djihadistes guidés par Ahrar Al-Cham et Al-Nosra. Massive, cette attaque baptisée « Grande épopée d’Alep » n’aura pas duré plus que quelques heures sans réussir à forcer les positions de l’armée syrienne. Les véhicules piégés, lancés comme des béliers au début de l’offensive, ont été détruits par l’armée syrienne et ses soutiens avant de causer un quelconque dégât. Dans l’après-midi, l’offensive a baissé en intensité, laissant place à des tirs sporadiques. Si l’armée syrienne confirme avoir causé des pertes parmi les assaillants, il n’en reste pas moins que l’alerte est maintenue à son état maximum pour parer à toute éventualité. Il y a lieu de rappeler que cette nouvelle « épopée » des djihadistes pour la reconquête d’Alep avait été précédée par une autre en août dernier, au Sud de la ville syrienne convoitée. Le même scénario a été constaté sur le terrain, l’armée syrienne ayant réussi non seulement à repousser les assaillants, mais elle a bien pu pousser son avantage en réinvestissant des quartiers stratégiques.
Nul besoin de souligner que cette nouvelle « épopée » a coïncidé avec une réunion tripartite qui s’est tenue à Moscou entre les chefs de diplomatie de la Russie, de la Syrie et de l’Iran. Une réunion marathonienne qui a permis à Segueï Lavrov de rencontrer en aparté son homologue iranien avant de se réunir avec son hôte syrien. Lors d’une conférence de presse animée par les trois ministres, la question prioritaire sur laquelle s’est focalisé ce rendez-vous programmé depuis quelques jours déjà a été celle du renforcement de la coordination entre les trois pays pour juguler le terrorisme. Et dans cette coopération, le point d’orgue consiste en l’établissement d’un barrage de feu contre l’arrivée des djihadistes de Daech à Raqqa en fuyant les combats de Mossoul. D’ailleurs, force est de souligner que l’armée russe a annoncé avoir traité un convoi de Daech au niveau de Boukamal en détruisant plus d’une dizaine de véhicules. Walid Al Moalem, ministre syrien des Affaires étrangères a lancé depuis Moscou une mise en garde en soulignant la ferme volonté de Moscou et de Damas à barrer la route aux hordes de Daech qui disposent toujours d’un corridor de salut qui leur permet de quitter Mossoul vers laquelle convergent les forces irakiennes depuis 11 jours.
Cette réunion tripartite tenue à Moscou se veut un signal fort à destination des puissances locales et régionales qui épaulent les djihadistes en charge de déstabiliser la Syrie. Elle intervient au moment même où une imposante armada russe, comportant un porte-avions, vogue en Méditerranée vers le port de Tartous, unique base russe dans « les mers chaudes ». La veille du sommet tripartite de Moscou, des informations rapportées par l’agence Spoutnik laissaient entendre que la chasse turque qui s’apprêtait à violer l’espace syrien avait été alertée par un verrouillage radar à partir de la Syrie la forçant à rebrousser chemin. Un développement qui fait suite aux mises en garde déjà adressées à Ankara dont le déploiement des forces terrestres dans le Nord syrien représente une réelle source d’inquiétude. Ceci est d’autant vrai que le Président turc n’a pas hésité à annoncer jeudi que ses troupes en Syrie comptaient aller jusqu’à Raqqa, l’autre grand fief de l’organisation de l’État islamique. Recep Tayyip Erdogan a affirmé que les opérations militaires menées par la Turquie dans le nord de la Syrie devraient s’étendre jusqu’à Raqqa, fief de Daech. « Maintenant, nous avançons vers Al-Bab », a dit le président Erdogan, en référence à une ville du nord de la Syrie contrôlée par l’EI. « Après cela, nous allons avancer vers Minbej », tenue par les milices kurdes, « et vers Raqqa », a ajouté le chef de l’État lors d’un discours retransmis à la télévision. Une surenchère qui a tout pour coûter cher à la Turquie dont l’armée, en cas d’avancée sur Al-Bab, se retrouverait directement face à l’armée syrienne. Aujourd’hui, cette dernière occupe des positions éloignées d’à peine trois kilomètres de cette localité stratégique. Toute présence turque dans la région serait assimilée à une agression flagrante que Damas ne saurait tolérer. Et encore moins ses alliés. D’après des stratèges militaires, toute avancée des forces turques, suivant le schéma décrit par Erdogan, conduirait à un encercelement de l’armée syrienne retranchée dans ses positions autour d’Alep. Voilà pourquoi les mises en garde pourraient prendre une autre dimension qui compliquerait davantage la donne en Syrie. Un conflit ouvert avec la Turquie n’est pas à écarter ni à minorer. Surtout que le chef de l’Etat turc a déjà fait état de son ambition à vouloir bouter Daech de Raqqa à son allié américain. Washington s’étant engagé, de son côté, à vouloir libérer Raqqa de Daech concomittamment à l’offensive menée par l’armée irakienne sur Mossoul.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus