SIAM 2016, Des visiteurs et plein d’attentes

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On a l’habitude d’identifier le Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM) comme étant la vitrine de la corporation agricole et de la mise en œuvre du PMV. Cette année, avec la majeure partie des filières en crise, cette vitrine a eu du mal à afficher les sourires habituels en « temps normal ». Placé sous le thème « Agriculture résiliente et durable », ce rendez-vous vient de lever de nouveaux coins du voile sur les capacités de résilience d’un secteur qui a du mal à atténuer ses vulnérabilités.
 
 
Qu’il semble loin le temps où le SIAM était une fête ! En ces temps-là, tous les agriculteurs, éleveurs, spécialistes du machinisme agricoles (…) étaient contents d’investir la ville impériale pour exposer leurs récoltes, les dernières nouveautés du matériel agricole ou pour épater la galerie avec les meilleures races animales élevées au Maroc ou encore pour être primé. Le Salon de Meknès, devenu Salon international de l’agriculture du Maroc, n’aura pas été aussi couru que par le passé. Cela s’explique à l’aune de la chute libre des récoltes, en particulier celles des terres où s’exerce une agriculture pluviale, en zone bour, soit près de 85% de la SAU. La déprime des marchés et les cris de détresse dans les campagnes, l’ambiance était particulièrement lourde dans les allées du salon, même si le gouvernement a réagi, sur injonctions royales, pour venir en aide aux paysans en déroute. Une enveloppe de 5,3 milliards de dirhams (MMDH) représente le levier du programme global visant à limiter les effets de la sécheresse. Les professionnels qui ont répondu présents avaient du mal à desserrer les lèvres. « On sent bien qu’il n’y a pas le même engouement qu’il y avait lors des précédentes éditions. Les agriculteurs sont mécontents pour ne pas dire tristes », note-t-on au commissariat du Salon. « L’affluence des professionnels est inférieure à celles des dernières années. Je dirais qu’elle est de deux fois moins que les dernières années », estime un commercial au pôle « machinisme agricole ». Pourtant, à l’issue du SIAM, un record des visites a été mis en relief, le chiffre magique du million ayant été atteint, voire dépassé.
 
De vitrine, une tribune ?
L’édition du SIAM 2016 qui vient fermer ses portes n’aura pas réussi à faire dissiper les craintes. Toutes les filières agricoles ou presque sont touchées à des degrés divers par les méfaits d’une mauvaise pluviométrie. Elevage, production maraîchère et fruitière et surtout céréaliculture, rien n’a été épargné par la sécheresse. Une crise qui rappelle les fréquentes années de grande sécheresse depuis les années 80 et qui s’est illustrée par des pertes monumentales qui ont pénalisé l’ensemble de la paysannerie. Il a suffi d’un petit tour dans les pôles « élevage » et « machinisme agricole », pour entendre tout le monde à quelques petites exceptions se plaindre. Des microfundia aux latifundia en passant par les « petits fellahs », exposants ou visiteurs ne s’attendaient qu’à ce que la question soit formulée pour étayer leurs peines et souffrances. Au moment où les petits se plaignent des effets dramatiques du déficit pluviométrique (63% par rapport à une année normale) et de la mauvaise répartition des subventions et du retard dans la mise en application des mesures d’accompagnement, les gros rouspètent contre l’imposition des grandes exploitations.
Ponctuée par un retard sensible des précipitations depuis le mois de novembre, la campagne agricole 2015-2016 a été catastrophique pour une bonne partie de la paysannerie. La plupart des agriculteurs rencontrés dans les allées du SIAM étaient unanimes sur le fait qu’il s’agit de la plus mauvaise saison des dix dernières années. Voire d’une saison catastrophique sur tous les plans pour certains. « Je crois qu’on ne va pas dépasser les 5% d’une récolte habituelle en ce qui concerne les céréales, 1 à 2% pour ce qui est de la fève, des haricots et les fourrages», indique non sans amertume un agriculteur de la commune rurale Outa Bouabane, à Tissa (région de Taounate). « On nous a promis des indemnisations et des subventions de la consommation de fourrage, 200 DH/tête pour l’éleveur, et jusqu’à présent, nous n’avons rien vu », assure-t-il, visiblement remonté contre des promesses non tenues. Pour ce qui est de l’indemnisation promise par la Mamda, El Houssine estime qu’il serait très difficile pour la Mutuelle agricole marocaine d’assurance de couvrir tous les sinistrés. « Je ne crois pas qu’ils vont pouvoir nous dédommager tous. Tout le monde est concerné. Peut-être qu’ils vont indemniser 20 ou 30%», disait-il avant de s’interroger « où il est l’orge promis par Benkirane à 2 DHs/Kg ? ». Cet agriculteur qui s’est déplacé spécialement pour se renseigner auprès de l’Office national du conseil agricole (ONCA) sur les subventions et les indemnisations, regrette la cherté des fourrages qui explique « la chute des prix des vaches (races locales) d’entre 11.000 et 11.500 Dhs à 2000 Dhs » Même les brebis ne sont pas épargnées, elles se vendent à 300 Dhs la têtehttp://www.perspectivesmed.ma/ !». Pis, il regrette d’avoir perdu son argent dans le bouclage des ovins et des veaux. « Ils nous ont imposé de poser des boucles de reconnaissance qui nous ont coûté trop cher et finalement nous n’avons rien vu », a-t-il déploré.
 
Double vitesse
Même son de cloche du côté du gérant d’une exploitation bour (-5ha) qu’il a l’habitude de semer en légumineuses (pois graine, lentilles, fèves et petits pois ). Déplorant le fait de ne rien avoir reçu comme dédommagement ni indemnisation, il se désole de voir le dernier espoir des petits fellahs de la région, à savoir l’olivier, « ne pas montrer encore de signes de fructification ». D’habitude, l’olivier fleurit entre mai et juin…
A contrario, un autre agriculteur de la région de Taroudant, Lazine Mohammed, président de la coopérative Al Khir (centre de collecte de lait pour la coopérative Copag) a taxé la campagne qui s’achève de « mi-figue mi-raisin ». « Vous savez l’agriculture a besoin de pluie, la nappe phréatique aussi. Dans notre commune Lamhara on peut pomper l’eau à 15 mètres contrairement à Houara où on a besoin de 200 mètres de profondeur pour en trouver », disait-il. « Pour les exploitations bien équipées, la culture de l’orange qui vient juste de fleurir va bien. Et pour ce qui est des mesures d’accompagnement, nous avons reçu 4000 Dhs de subvention pour la vache sur 8 mois et 5000 Dhs pour le veau sur 5 mois renouvelables trois fois », affirme cet éleveurs. Et d’ajouter, « nous vendons le lait à 4 Dhs/litre (4,3 Dhs auparavant) contrairement aux agriculteurs d’autres régions qui le vendent entre 2,5 et 3,5 Dhs ».
Dans la région du nord où l’agriculture est essentiellement vivrière (orge, blé, olivier), des paysans affirment qu’ils n’ont bénéficié « ni de subventions des semences ni des bovins. Nous n’avons même pas bénéficié de la vaccination des ovins et des bovins », assurent-ils. Certes, une délégation du ministère de l’Agriculture leur a rendu visite pour les inciter à l’adoption de l’irrigation localisée. Mais depuis, rien n’a été fait en notre faveur. Face à l’envolée des prix de l’orge, la paille, le son de blé ou encore de la pulpe sèche de betterave, les prix des ovins et des bovins « traditionnels » sont en chute libre. « Sur toute la région, à l’exception des exploitations de la commune de Karia Ba Mohamed, le goutte-à-goutte est quasi absent », déplore-t-on. Pas loin de Tahr Souk, la région de Ghafsai connaît les mêmes problèmes et les microfundiaires qui y habitent souffrent des mêmes maux. Selon Mohammed Saghouri, membre de la chambre agricole de la région Fès-Meknès (CARFM), « la commune de Ghafsai n’est pas dotée de vétérinaire ». « Celui qui vient de Taounat ne pose pas les pieds loin des routes goudronnées », soutient ce membre de la CARFM. « On ne nous a réservé aucun kg d’orge dans le cadre des mesures urgentes de limitation des effets de la sécheresse », a-t-il affirmé.
Les couloirs du SIAM ont ceci de particulier qu’ils permettent à ceux qui savent écouter de faire le tour des terroirs et des doléances de ses hommes et femmes. Et de mesurer le temps à parcourir pour assurer une véritable résilience de l’agriculture marocaine. Une activité menacée par les changements climatiques et le défi du stress hydrique.
 

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