Socotra, île convoitée par Riyad et Abu Dhabi, dans l’escarcelle d’Israël

L’occupation de l’île yéménite de Socotra, située dans la mer Rouge, devrait faciliter l’accès des Émirats arabes unis et leurs alliés, Israël en tête, au continent africain, au détroit de Bab  al-Mandeb et au golfe d’Aden. La carte jouée par Abu Dhabi semble être passée sous le nez de Riyad dont l’armée, appuyée de mercenaires, est toujours engluée dans le bourbier yéménite. Une guerre diligentée par le prince héritier saoudien sans enjeux !

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Socotra, île convoitée par Riyad et Abu Dhabi, dans l’escarcelle d’Israël

L’équipée militaire du Yémen tourne à la Bérézina du côté saoudien. La supériorité aérienne qui permet aux hommes de MBS de frapper sans distinction les divers centres urbains au Yémen n’est plus déterminante. Plus, elle comporte en elle même un danger de voir les dirigeants saoudiens transférés devant un tribunal international pour crimes de guerre. Si l’impunité actuelle encourage les Saoudiens à maintenir leur pression sur l’armée de Sanaa appuyée par les Houthis, il faut croire que tout pourrait changer du jour au lendemain.

Comme le prouve le vent qui tourne aujourd’hui aux USA à l’approche des présidentielles. La couverture assurée par Washington peut être soutirée à tout moment à Riyad qui, a terme, sera acculée à la défensive face au développement rapide des capacités balistiques du Yémen. Pis, même la supériorité aérienne risque de s’effilocher face aux drones, rudimentaires aujourd’hui, que les Yéménites lancent déjà dans des contre-offensives toujours plus loin à l’intérieur du territoire saoudien. 

Tout devient cocasse pour MBS qui semble avoir été instrumentalisé par son mentor d’Abu Dhabi, Mohammed Bin Zayed, dit MBZ, pour servir les intérêts émiratis dans le conflit yéménite. Cela transparaît via l’effort concentré par les EAU, et leur soutien israélien, sur la partie méridionale du Yémen qui réclame sa sécession. Aujourd’hui, la domination du Conseil de transition du Sud sur l’île stratégique de Socotra, exprime les véritables desseins d’Abu Dhabi. Voilà un an, les divergences entre Riyad et Abu Dhabi ont même connu le point d’orgue lorsque des mercenaires qui obéissent au doigt et à l’oeil à Abu Dhabi et actifs au sein du Conseil de transition du Sud, ont affronté les forces du président yéménite démissionnaire Mansour Hadi appuyé, lui, par Riyad. Entre Saoudiens et Emiratis, le mariage de raison semble battre de l’aile. 

Cela transparaît via les mesures prises par les deux parties, par mercenaires interposés, notamment à Aden et dans l’île de Socotra. La concurrence entre les deux parties a fini par s’exposer au grand jour. Et la facture risque d’être salée pour le Yémen en proie à une partition de facto. Une partition encouragée par Israël, et son mentor américain, acteurs extra-arabes qui ont l’oreille d’Abu Dhabi. Mais aussi de Riyad.

La situation actuelle est loin d’être réjouissante pour les Yéménites qui endurent les affres de la guerre et des privations consubstantielles aux embargos aérien et maritime.

Sur la carte, le pays est subdivisé en plusieurs parties, l’est, l’ouest et le Sud. La partie orientale est entre les mains des Saoudiens, les parties nord et ouest sont entre les mains du mouvement de résistance yéménite Ansarullah, et enfin le sud et le sud-ouest sont contrôlés par les mercenaires des Émirats arabes unis. Une décomposition qui assure que le conflit du Yémen est appelé à s’inscrire dans la durée. Et quand bien même la paix reviendrait, l’occupation de l’île de Socotra par le Conseil de transition du Yémen du Sud n’est qu’une façade derrière laquelle se cachent les enjeux expansionnistes et sécuritaires d’Israël. Cette entité qui a toujours cherché à morceler le monde arabe entend s’arroger la prime de ce début de millénaire en dominant Bab Al-Mandab et le Golfe d’Aden. Qui dit mieux? 

Mohammad Abdel-Salam, chef de la délégation nationale yéménite et porte-parole d’Ansarullah, est loin d’être dupe. A ses yeux, les allégations sur la préparation de l’Arabie saoudite à la paix au Yémen n’est que de la pure propagande.  Samedi 27 juin, sur son compte twitter, il a souligné que « l’agression militaire et le blocus (saoudien) contredisent la paix, qui n’aura lieu qu’avec l’arrêt de l’agression et la levée du blocus. Les allégations sur la préparation de l’Arabie saoudite à la paix au Yémen n’est qu’une propagande américano-britannique qui promeut des illusions sans fondement ». Et d’ajouter à l’endroit du duo américano-britannique ; « c’est vous l’agression, et c’est avec votre commandement et avec vos armes que la guerre agressive a été déclenchée contre le Yémen. Vous n’êtes pas aptes de parler de paix ».

Quant à Dhaifallah Al-Shami, porte-parole du gouvernement national du salut et ministre de l’Information,  il s’en est pris à l’ONU pour son rôle partial. A ses yeux, l’ONU révèle aujourd’hui son vilain visage lorsqu’elle contribue au siège du peuple yéménite. D. Al-Shami a ajouté que « le tueur ne peut pas offrir une colombe de paix aux assassinés. Ce sont les Américains qui ont déclaré la guerre au Yémen, et nous savons que s’ils parlent de paix, ils cherchent à travers cela l’escalade et à imposer leur hégémonie sous le nom de paix ». Il a souligné que « l’approche américano-britannique s’inscrit dans le cadre du jeu international de mettre la main sur le Yémen à travers leurs outils saoudiens et émiratis. Tout le monde  connaît aujourd’hui la réalité de la paix que veulent les USA et la Grande-Bretagne, et ce qui se passe en Palestine est un exemple vivant ». Le ministre a rappelé que « les déclarations de l’émissaire onusien, Martin Griffiths, sont semblables à celles du porte-parole de la coalition saoudienne. Il tente de dissimuler les crimes continus de la coalition. Ils essaient de nous tenir responsables du blocus pendant qu’ils contrôlent la mer, s’emparent des navires et exercent une guerre économique contre le peuple ».

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