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Sport et Collectivités Territoriales au Maroc: Les enjeux biaisés

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A l’heure de la régionalisation avancée et du toilettage juridique qu’ont subi récemment les collectivités territoriales, les élus ne semblent pas conscients des nouveaux enjeux pour booster le développement du sport sur la base d’un aggiornamento afin de mettre un terme  à la rente et aux visions étriquées des politicards.

De l’aménagement territorial du sport
Elément structurant de l’aménagement du territoire et du développement durable, le sport en tant que fait social global demeure le ‘’grand oublié’’. Un oubli qui n’est pas dû uniquement à l’absence des politiques publiques coordonnées comme l’avait souligné le Roi Mohammed VI, dans Sa Lettre adressée aux participants (tes) au grenelle de Skhirate en octobre 2008 mais aussi à la précarité du mouvement sportif (Associations, Ligues, Fédérations sportives…) qui ne peut souscrire à une démarche participative sans qu’il se dote des compétences et expertises nécessaires.
Dans l’ancienne loi 06-87 et dans l’actuelle loi 30-09, ce sont les ligues régionales auxquelles le législateur a conféré la participation à l’étude et à la réalisation des aménagements sportifs régionaux. Ce qui est cohérent avec les prérogatives des Collectivités Régionales non parce que la promotion du sport a droit au chapitre dans la loi des régions mais parce qu’il faut intégrer le sport dans le SRAT (Schéma Régional de l’Aménagement du Territoire).
Or la régionalisation sportive est aussi tributaire des plans d’action des fédérations sportives, régentées par des dirigeants locaux qui versent dans le top-down (Centralisme du pouvoir, des compétences et des moyens). Les deux tiers des fédérations sportives ne disposent même pas d’une seule ligue régionale, relais incontournable pour appliquer le principe de subsidiarité, un principe constitutionnalisé. Pas si étonnant car la majorité ne porte que le nom de fédérations sans en avoir la taille. La faute incombe au ministère de la Jeunesse et des Sports trop laxiste quant à la signature des conventions d’objectifs avec ces fédérations dépourvues du plus strict minimum pour qu’elles puissent participer à l’exécution de service public de leurs disciplines sportives.
La régionalisation sportive est d’autant plus déclinée dans la loi 30-09 qui décentralise le CNOM (Comité National Olympique Marocain) où il est stipulé la création des CRO (Comités Régionaux Olympiques) dont le représentant est membre des Conseils d’Administration des Académies  Régionales de l’Education et de la Formation). Mais les CRO n’ont jamais vu le jour ni en vertu de l’actuelle loi ni en vertu de l’ancienne.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports a beau amender en juin 2013 « son » décret relatif à son organisation et à ses attributions en décrétant la mise en place de huit Directions Régionales sans attributions réelles et sans que le nombre de ces dernières ne soit conforme ni au nouveau découpage territorial régional (12 régions) ni à l’ancien (16 régions).

Institutionnaliser le mouvement sportif
Le sport est certes un acteur majeur qui contribue à l’efficience économique et sociale. La cohésion de tous les intervenants en matière de développement du sport est un préalable. C’est une vérité de la Palisse diraient les pince-sans-rire quand bien même il serait question d’abord de nettoyer les écuries d’Augias pour favoriser l’émergence de véritables acteurs du sport et donc de nouvelles élites sportives passionnées. Et cette institutionnalisation doit se mouler sur la législation sportive en vigueur sur fond de l’agrément dont doit disposer chaque association et de l’habilitation de chaque fédération. Là on s’emmêle encore les pinceaux à cause de textes promulgués en queue de poisson et d’un ministère de la Jeunesse et des Sports qui ne joue pas son rôle de véritable administration de mission, d’impulsion et d’accompagnement. Un ministère qui, démuni des ressources humaines spécialisées ; ressources qui se réduisent au demeurant comme peau de chagrin, ne peut en aucune manière jouer son rôle de régulateur régalien. Car le problème de fond n’est pas uniquement lié à l’enveloppe budgétaire globale, à moins qu’on parle du football, ni même dans l’infrastructure trop ‘’footballisée’’ mais dans les moyens humains. Il s’agit, en l’occurrence, des techniciens, ces encadreurs techniques dont le nombre n’est même pas proportionnel au chiffre chétif du nombre de licenciés pratiquant toutes disciplines confondues (Trois cent mille à peu près). Chiffre qui doit être triplé uniquement pour le football.
L’institutionnalisation du mouvement sportif est indispensable pour que les collectivités territoriales puissent être incitées à sceller un partenariat sur la base de projets fiables et réalisables. C’est là où l’on attend les uns et les autres pour souscrire à la logique de développement et mettre fin à la rente. C’est d’ailleurs la substantifique moelle de l’article 26 de la Constitution qui stipule que ‘’ Les pouvoirs publics apportent, par des moyens appropriés, leur contribution au développement de la création culturelle et artistique, et de la recherche scientifique, ainsi qu’à la promotion du sport. Ils favorisent le développement et l’organisation de ces secteurs de manière indépendante et sur des bases démocratiques et professionnelles précises’’.
Démocratiques et professionnelles précises, deux vocables malheureusement galvaudés et pas encore injectés dans le réel des passionnés du sport qui pâtissent de la violence symbolique. De quoi être pessimiste face aux  enjeux biaisés du secteur sportif sous toutes ces facettes : Economique, Social, Culturel, Educatif, Sanitaire, Environnemental.

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