Sport et lutte contre le dopage: Le tonneau des danaïdes

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Réagissant aux poursuites judiciaires de Lamine Diack (Ex-Président de l’IAAF entre 1999 et août 2015) et de deux de ses proches ainsi que le sulfureux médecin, ex-responsable de la lutte contre le dopage de l’IAAF (1994-2014), le Conseil de l’IAAF a suspendu provisoirement l’athlétisme russe avec le risque de voir tous ses athlètes écartés des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro de juillet 2016. Auparavant, les accusés ont été renvoyés au Comité d’éthique de l’IAAF.

ET SI ON SUSPEND L’IAAF ?
Dans le second rapport de l’AMA dont la publication est prévue fin décembre, on parle d’une recommandation pour que le CIO suspende l’IAAF et donc d’exclure l’athlétisme des prochains Jeux Olympiques de Rio de Janeiro.
Aujourd’hui, le nouveau président de l’IAAF, le Britannique Sebastien Coe ainsi que les membres qui ont été réélus semblent avoir donné leur langue au chat. Car le système du contrôle et de lutte contre le dopage est totalement défaillant. Se focaliser uniquement sur le cas de la Russie, voire le Kenya qui  sera l’objet du prochain rapport de l’AMA, n’est en fait que la partie invisible de l’iceberg.
Quand la chaîne allemande ARD, en collaboration avec le quotidien britannique Sunday Times, avait diffusé un documentaire poignant sur des dysfonctionnements graves en pointant la Russie et le Kenya, le premier à riposter contre ces révélations est Sebastien Coe.  Et ce qui a dérangé S. Coe, c’est le fait que la Chaîne ARD détienne quelques 12000 milles tests sanguins, dont 800 seraient anormaux. Pis encore, un tiers des médailles aux Mondiaux d’Athlétisme et aux Jeux Olympiques entre 2001 et 2012, remportées par des athlètes dont les analyses sanguines ont été jugées anormales par un hématologue australien auquel s’est fiée la Chaîne ARD avant de balancer son investigation.
Malgré ce coup de tonnerre médiatico-sportif, force est de constater que l’AMA n’est pas allée jusqu’où bout pour épingler tous les tests sanguins anormaux. Car les décisions récemment prises par le Conseil de fondation de l’AMA semblent vouloir esquiver l’examen des arguments irréfutables de la chaîne ARD en se contentant des cas de la Russie et du Kenya. Derrière ces mesures dichotomiques, on sent bien l’influence des grandes firmes qui financent les fédérations internationales et le CIO et qui pèsent de tout leur poids pour protéger leurs intérêts mercantilistes. L’absence de l’éthique se pose d’autant avec acuité quand s’ajoute aux sponsors, les intérêts des dirigeants des fédérations internationales.
A titre d’exemple et non des moindres, Lord Sebastien Coe est non seulement le conseiller spécial de la firme Nike depuis 1978, mais il est aussi directeur exécutif de CSM, une société spécialisée dans le marketing sportif. En principe, Sebastien Coe est inéligible où il est membre du Conseil de l’IAAF depuis 2003, de son Comité Exécutif depuis 2007 et président depuis août dernier. On comprend dès lors pourquoi Sir Coe avait qualifié son prédécesseur, Lamine Diack, de leader spirituel !

L’INDEPENDANCE IMPOSSIBLE !
Voilà presque un demi-siècle que le CIO avait décrété le contrôle et la lutte contre le dopage, c’est-à-dire avant que l’AMA ne voie le jour en 1999 et la promulgation du Code Mondial Antidopage. Aujourd’hui, au sein du CIO, on est convaincu que le moment est venu pour que les fédérations sportives internationales ne soient plus chargées du contrôle antidopage du fait de la situation de conflits d’intérêts dans laquelle elles se retrouvent. «Il y a un conflit d’intérêts sur le principe même des fédérations internationales. D’un côté, elles jouent le rôle de régulateur en dictant la règle; de l’autre, elles sont les organisatrices des grands événements et en touchent les bénéfices. Il y a la confusion entre le législatif et l’exécutif.»  Et ce ne sont pas des propos de n’importe qui quand on sait qu’elles appartiennent au Dr Alain Garnier, ex-directeur médical de l’AMA (2000-2010).
Déjà un groupe de travail a été mis en place pour réfléchir sur la proposition faite par le CIO consistant à charger l’AMA du contrôle et de la lutte antidopage. Ce que les fédérations internationales ne voient pas du bon œil en l’occurrence la FIFA qui tire les ficelles avec d’autres fédés par le truchement de l’ASOIF, une association internationale qui réunit les fédérations internationales.
Même en confiant à l’AMA, qui est une organisation de droit privé (Suisse) et dont le siège est au Canada ( !), le contrôle antidopage, la question de l’indépendance serait une utopie. Pour deux simples raisons : La composition de l’AMA est un conglomérat où siègent à parts égales, les représentants de gouvernements et du mouvement sportif, le CIO.
L’AMA dont le budget annuel est 25 millions euros devra avoir un budget conséquent qui devrait être multiplié par dix pour qu’elle puisse s’acquitter des missions non seulement de régulation mais aussi du contrôle.
En attendant, dans cette sempiternelle lutte antidopage, l’hypocrisie est le mot maître. C’est le tonneau des danaïdes car souvent, c’est du ‘’faire semblantisme’’ !

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