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Stress hydrique: Changer le fusil d’épaule

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Dans un pays où la vocation agricole est grandement conditionnée par la maldonne que représente la semi-aridité, la mobilisation des ressources hydriques est un défi permanent. Une autre vision doit s’appuyer sur les acquis réalisés pour que l’agriculture puisse exprimer au mieux son potentiel. Malgré les cycles de sécheresse. 

Les quelques 29 milliards de m3 de pluie utile que le pays reçoit en moyenne annuelle, le potentiel hydraulique mobilisable, dans les conditions techniques et économiques actuelles, est estimé à 20 milliards, dont 16 à partir des eaux superficielles et 4 en provenance des eaux souterraines. Une performance pour un pays semi-aride qui, tôt, a mis en place une politique des barrages. Porteuse, cette politique montre ses limites et force à imaginer une autre stratégie centrée sur l’eau. Face au contexte de changement climatique couplé à la rareté relative des ressources en eau, le gouvernement a mis en place une politique visant à rationaliser l’utilisation des richesses hydriques dans le secteur agricole. Car le secteur engloutit, à lui seul, jusqu’à 80 % de l’eau douce contre une moyenne mondiale de 70 %. C’est sur le levier de la rationalisation de l’utilisation de l’eau via des modes d’irrigation pointus que l’on compte agir. Surtout que 60% des ressources mobilisables sont mal-gérées et contribuent à un gaspillage difficilement soutenable. Nul besoin de souligner ici que le gaspillage s’illustre particulièrement en ce qui concerne les eaux souterraines. Même si on n’a pas encore pu établir des statistiques sur le niveau des prélèvements et le taux de renouvellement des nappes, les agriculteurs n’ont eu cesse de pointer du doigt le déficit hydrique qui prend une dimension particulière lorsque le Ciel s’avère moins clément. En effet, le recours excessif au pompage des ressources de la nappe phréatique peut avoir des conséquences désastreuses. L’exemple des zones oasiennes est très éloquent, plusieurs oasis ont été désertées suite à l’assèchement de la nappe phréatique. Ce ne sont pas seulement les zones oasiennes qui sont concernées, les régions d’Agadir, d’EL Jadida et de Marrakech ont déjà souffert du phénomène du biseau salin qui consiste en une augmentation de la concentration en sel suite à la baisse du niveau des nappes. Il fallait dès lors réagir pour corriger ce qui pouvait l’être via une politique de rationalisation de l’exploitation des ressources hydriques. Deux programmes ont ainsi été lancés pour initier une révolution dans l’utilisation d’une denrée devenue désormais rare : l’eau. Il s’agit premièrement du programme national d’élargissement de l’irrigation et ce à travers l’équipement des terrains sis à l’aval des barrages. Ce programme vise, principalement, à promouvoir le secteur économique via la promotion et le développement des chaines agricoles les plus rentables, notamment les chaines des arbres fruitiers et légumes. Le programme cible aussi à préserver les ressources aquatiques et son utilisation rationnelle, améliorer le revenu et les conditions de vie, offrir des possibilités additionnelles d’emploi pour les habitants locaux, et ce dans le cadre d’une approche qui s’appuie sur un développement agricole et rural intégré. Le deuxième volet de la stratégie hydrique du PMV s’intéresse au programme national de l’économie de l’eau d’irrigation. Autant dire qu’il s’agit-là d’une approche qui vise au remplacement condensé des systèmes d’irrigation superficielle et les gicleurs avec le système d’irrigation localisée, notamment par les cercles de la grande irrigation et les régions de l’irrigation spéciale. Le programme de l’irrigation localisée est un programme ambitieux, volontaire et inclusif, mettant l’agriculteur et l’amélioration de son revenu au plein centre de ses intérêts. Un programme qui ne s’appuie pas seulement sur l’échange et le remplacement des systèmes d’irrigation traditionnels par l’irrigation localisée, mais aussi à revoir le format de l’investissement agricole et la promotion de la production agricole à partir du choix de la nature des plantations et l’amélioration des techniques d’agriculture, afin d’atteindre une organisation professionnelle des agriculteurs et la commercialisation des produits et des partenariats entre les agriculteurs et les acteurs dans le domaine agroalimentaire.
Affaire de sous
Afin de concrétiser ces ambitieux programmes budgétivores, le gouvernement se cherche des financements. Dans ce cadre, le Qatar et le Maroc ont signé, lors des assises de Meknès, une convention pour allouer 202 millions de dollars du don qatari de 1,25 milliards, perçu dans le cadre des aides des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), au financement des projets hydriques. De même, un deuxième financement sous forme de prêt est en train d’être négocié dans les coulisses de la Banque mondiale (BM). En effet le gouvernement est sur le point de s’endetter auprès de la BM pour un prêt de 150 millions de dollars pour financer Projet de modernisation de la grande irrigation (PMGI) dans sa deuxième phase. Le prêt sollicité va servir à financer le projet de modernisation de la grande irrigation dans sa deuxième phase au bénéfice de 9 300 agriculteurs. Pour cette seconde phase du projet, il s’agit de cibler des secteurs d’irrigation qui relèvent des Offices régionaux de mise en valeur agricole, de financer la modernisation des réseaux d’irrigation, de conduire l’eau sous une pression appropriée dans les exploitations. Il est à noter que depuis le lancement du PMV, les superficies en irrigation localisée ont marqué une croissance continue durant la dernière décennie. Le dispositif incitatif prévoit de prendre en charge la totalité des coûts de la micro-irrigation pour les exploitations de moins de 5 ha ou dans le cadre de l’agrégation. L’objectif de reconversion des superficies actuellement irriguées en gravitaire vers l’irrigation localisée est fixé à 550.000 ha à l’horizon 2020. Par rapport à cet objectif près de 400 000 ha sont déjà réalisés, assure-t-on. Une accélération de la cadence est donc prévisible pour endiguer les problèmes liés à la raréfaction des ressources hydriques mobilisables. N’empêche, les agriculteurs qui sont tentés par la révolution de la micro-irrigation n’hésitent pas à monter au créneau pour accabler la lourdeur administrative qui agit en véritable barrage…

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