Téhéran entend venger l’assassinat du «cerveau» de son programme nucléaire

Un officiel israélien qui s’est exprimé auprès du New York Times sous couvert d’anonymat a déclaré, samedi, que le monde devrait remercier Israël pour l’assassinat du « cerveau » présumé du programme d’armement nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, même si Tel-Aviv n’a pas officiellement revendiqué l’opération. Les Iraniens, eux, parlent vengeance alors qu’aux USA, des voix s’élèvent pour dénoncer un « acte criminel extrêmement dangereux » et qu’a l’ONU on fustige pareille liquidation. 

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Téhéran entend venger l’assassinat du «cerveau» de son programme nucléaire

La frappe d’Israël en territoire ennemi est « sans précédent » et les Iraniens semblent dans l’incapacité d’y mettre un terme, dit un ex-responsable de la CIA. Bruce Reidel, chercheur à la Brookings Institution et ancien de la CIA (Central Intelligence Agency), qui connaît bien le dossier israélien, a fait savoir au journal américain que Tel-Aviv avait déployé des moyens extraordinaires pour cibler des personnalités individuelles en territoire ennemi.

Le haut-responsable qui, selon l’article du journal, aurait été impliqué pendant des années dans la traque de M. Fakhrizadeh pour le compte d’Israël, aurait aussi dit que le pays continuerait à prendre toutes les initiatives nécessaires contre le programme nucléaire de Téhéran.

A contrario, John Brennan, ancien patron de l’agence de renseignement américaine CIA, a qualifié l’assassinat vendredi 27 novembre d’un scientifique iranien de haut rang travaillant dans le secteur nucléaire d’ »acte criminel et extrêmement dangereux ». Un tel acte risque d’entraîner des « représailles létales et une nouvelle phase de conflit régional », a-t-il écrit sur Twitter, indiquant ne pas savoir qui se trouvait derrière la mort de M. Fakhrizadeh, attribuée à Israël par l’Iran.

M. Fakhrizadeh, 59 ans, était à la tête du département recherche et innovation du ministère iranien de la Défense lorsqu’il a été pris pour cible dans sa voiture par plusieurs assaillants, qui l’ont « gravement blessé ». Il n’a pas pu être ranimé, a indiqué le ministère dans un communiqué.

« Un tel acte de terrorisme étatique constituerait une violation flagrante du droit international et encouragerait davantage de gouvernements à mener des attaques meurtrières contre des responsables étrangers », a estimé l’ancien directeur de la CIA.

Critique acerbe du président américain Donald Trump, J. Brennan a exhorté l’Iran à « résister à l’envie » d’exercer des représailles et d’attendre « le retour de dirigeants américains responsables sur la scène internationale », possible référence à la victoire de Joe Biden à l’élection américaine du 3 novembre et à sa prise de fonction le 20 janvier.

  1. Brennan était à la tête de la CIA de 2013 à 2017, sous la présidence de Barack Obama et alors que J. Biden était vice-président. Ce dernier a nommé l’ancienne adjointe de J. Brennan, Avril Haines, comme directrice des services de renseignement.

Pour rappel, plusieurs scientifiques iraniens travaillant dans le secteur nucléaire ont été tués ces dix dernières années lors d’attaques ciblées attribuées par Téhéran à Israël, à l’instar du scientifique de haut rang assassiné vendredi près de Téhéran. L’Iran a prévenu qu’une « vengeance terrible » attendait les personnes impliquées dans ce que Téhéran a qualifié « d’acte terroriste ». Le 28 novembre, le Président iranien Hassan Rohani a pointé le rôle d’Israël dans cet assassinat et a accusé l’État hébreu d’avoir agi comme «mercenaire» des États-Unis.

 

En l’espace de dix ans, plusieurs scientifiques iraniens ont été liquides dans des attentats. En janvier 2010, le scientifique nucléaire Massoud Ali Mohammadi est assassiné dans la capitale iranienne. Ce physicien de renom qui enseignait à l’université de Téhéran et qui travaillait également pour le Corps des Gardiens de la Révolution (Pasdaran, élite des forces armées iraniennes), est tué par l’explosion d’une moto piégée alors qu’il sortait de son domicile. Téhéran avait déjà accusé en décembre 2009 les Etats-Unis et Israël d’avoir enlevé le physicien nucléaire Shahram Amiri, disparu en mai de la même année.

En novembre 2010, deux physiciens jouant un rôle important dans le programme nucléaire iranien sont visés à Téhéran par deux attentats à la bombe, attribués par l’Iran à Israël et aux Etats-Unis. L’un d’eux, Majid Shahriari, est tué.

En pleine crise sur la question nucléaire iranienne, cinq scientifiques iraniens ont été victimes d’attentats à Téhéran entre 2010 et 2012. L’Iran a accusé l’Agence centrale du renseignement américaine (CIA) et le Mossad (les renseignements extérieurs israéliens) d’être derrière ces assassinats. Le 12 novembre 2011, l’explosion d’un dépôt de munitions des Gardiens de la Révolution dans la banlieue de Téhéran fait au moins 36 morts, dont le général Hassan Moghadam, responsable des programmes d’armement des Pasdaran. Selon le Los Angeles Times, l’explosion est due à une opération menée par les Etats-Unis et Israël contre le programme nucléaire iranien.

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