Transition démographique: Des chiffres et des rides

Le recensement représente une formidable banque de données tant sur les personnes que sur l’habitat. Quoi qu’on en dise sur le traitement et l’exploitation des informations, sachant que le HCP ne nous a procuré jusqu’à présent que de 2 % des informations requises, cette nouvelle radioscopie (partielle) de la réalité économique mais aussi sociale constitue un véritable gisement d’informations qui peuvent servir aux différentes politiques publiques mais aussi aux études et recherches portant sur l’évolution de la réalité du Marocain.
Dressés grâce aux efforts de plus de 54000 agents recenseurs qui ont sillonné villes et campagnes pour faire le dénombre et établir des profils-types, les premiers résultats du sixième recensement depuis le protectorat donnent un aperçu détaillé des multiples facettes de l’évolution du Maroc, démographiquement parlant, ainsi que sur les différents aspects socio-économiques de la population. Pour ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein, il y a lieu de noter des améliorations de la scolarisation, du taux d’alphabétisation, des conditions d’habitation. Cependant, pour ceux qui espèrent le meilleur mais envisagent le pire, une lecture des données laisse dire que le Maroc, qui a presque achevé sa transition démographique devra désormais faire face à de nouveaux défis plus grands et plus difficiles à surmonter.

LE MAROC S’URBANISE
A fin 2014, les Marocains étaient un peu plus de 33,8 millions contre 29,89 en 2004, soit une augmentation de 13,2%. Une progression moins importante que celle enregistrée entre 1994 et 2004 (le taux d’accroissement de la population a baissé de 1,35% à 1,25% entre 2004 et 2014). Si la population urbaine est passée de 55,1% en 2004 à 60,3% (20,4 millions) en 2014, celle des campagnes connait un solde quasi nul (13,4 millions) par rapport à 2004. Ce qui s’explique par un rythme d’accroissement plus important en ville (2,1%) contre 0,01 dans les campagnes, résultat de l’exode rural, du reclassement de certaines localités rurales et de l’extension du périmètre urbain. Cette urbanisation aussi rapide soit elle s’est accompagnée d’une amélioration moins importante des conditions de vie surtout dans le rural. L’actualisation « provisoire » des données socio-économiques montre qu’il y a de plus en plus de ménages, en milieu urbain,  qui occupent des maisons modernes (62,5% en 2004 à 65,9% en 2014), plus dans des appartements (12.4% en 2004 à 16,6% en 2014), et beaucoup moins occupant des maisons traditionnelles (4,8% en 2014 contre 8,1%). Hormis le Grand Casablanca qui se distingue tristement par une forte proportion des ménages vivant dans les bidonvilles (10,6%), la proportion des Marocains vivant dans ce genre d’habitation a baissé de 8,2% à 5,6%. Les améliorations constatées à ce niveau dans le milieu urbain sont loin de l’être dans le milieu rural où le type de logement prédominant reste « l’habitat de type rural » à hauteur de 66,3% et les maisons modernes ne représentent que 24,5 contre 13,6% en 2004.

INEGALITE DU SERVICE PUBLIC
Sur le plan des conditions de vie, une première lecture des indicateurs dévoilés laisse dire que le Maroc est bien loin de consacrer le principe d’égalité face aux services publics. Dans ce sillage, il y a lieu de souligner que malgré les efforts entrepris en termes de mise à niveau des logements en ce qui concerne les équipements sociaux de base, le Maroc a toujours du chemin à faire pour garantir un cadre décent de vie pour ses concitoyens. Même si la part des ménages raccordés au réseau d’électricité a augmenté de 71,6% à 91,9%, 8,1% des ménages ne disposent pas encore de cet équipement de base. Cette propension est de 14,7% dans le rural. Pire, le raccordement à l’eau potable ne concerne que 72,9% des ménages en 2014 (57,5% 2004). Si cette proportion s’élève à 91% dans le milieu urbain (83% 2004), elle n’est que de 38,3% dans le milieu rural (18,1% en 2004). Concernant l’évacuation des eaux usées, ce service ne concerne que 88,5% des très chanceux ménages urbains en 2014 (79% 2004).  Dans les campagnes, les fosses septiques avec 50,5% et les puits perdus avec 20,8% constituent le mode d’évacuation le plus utilisé. S’agissant de l’évacuation des déchets ménagers, ce service est assuré à hauteur de 67,7% seulement par les services communaux, tandis que 4,8% des ménages urbains en 2014 continuent de jeter leurs déchets dans la nature. Cela va sans dire que 89,3% des ménages ruraux recourent à ce dernier mode d’évacuation et que les services communaux et les camions ne dépassent pas 2,7% et 5,9% respectivement. Par ailleurs, 6,3% des ménages urbains ne disposent pas encore de latrine, contre – malgré une nette progression- 16,3% en milieu rural (41% en 2004). Près d’un ménage urbain sur deux ne disposent pas d’une douche (45,4%). Bien que cette proportion ait doublé durant la période intercensitaire, seuls 9.7% des ménages ruraux disposent de cet équipement en 2014.  Ce qui ne les empêche pas d’avoir un téléphone portable (90,1% rural et 96,6% urbain). Loin de là, ce qui ne présage rien de bon pour l’avenir des générations futures, seul un ménage sur 4 (25,4%) possède un ordinateur (5,4% en milieu rural  et 35,8% en milieu urbain), un ménage sur 5 (19,4%) a accès à Internet (3,5% en milieu rural  et 27,6% en milieu urbain). Et ce, pendant que 92.7% possèdent un téléviseur et 83,7% possèdent une antenne parabolique.

LE MAROC VIEILLIT  
A côté de cette évolution dans l’espace, il y a bien d’autres évolutions dans le temps qui doivent être soulignées.  Sur une longue période, on voit clairement que le rythme de croissance démographique continue d’évoluer sur un trend baissier. Le taux de fécondité est passé de 7,2 enfants par femme en 1960 (date du premier recensement) à 2,1 en 2014. Pour le statisticien du Royaume, il est observable que la transition est presque achevée. Le nombre moyen d’enfants par femme est à 2,21 contre 2,47 en 2004. En ville en particulier, la fécondité est sous le seuil (2,1%) de remplacement des générations (2,01) et reste légèrement au dessus de ce seuil à 2,55 enfants par femme dans le rural.  Sous l’effet de cette baisse, la part des jeunes de moins de 15 ans a baissé de 3 points, passant ainsi de 31% en 2004 à 28% en 2014. La population d’âge actif (15 à 59 ans) s’est accrue de 60,7% en 2004 à 62,4% en 2014. Et ce, sous l’effet de l’élan démographique issu des années passées ayant connue une forte fécondité. La part de la population de plus de 60 ans a enregistré une augmentation sensible passant ainsi de 8,1% en 2004 à  9,6% en 2014. Pour plus de précision, il faut noter qu’en termes des effectifs, cette population a connu une augmentation de 35% en passant de 2,376 millions à 3,209 millions durant la même période intercensitaire. Ceci dit, les prochaines études devant servir de base pour les stratégies futures du Royaume doivent désormais s’intéresser plus aux conséquences que pourrait avoir à long terme ce qui semble être une perspective démographique assez certaine à savoir le vieillissement de la population marocaine.

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