Trêve fragile en Syrie : Astana, sans Arabes ni Américains

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En vigueur depuis vendredi à minuit, la cessation des hostilités doit ouvrir la voie à des négociations de paix, fin janvier à Astana, au Kazakhstan, sous l’égide de Moscou et de Téhéran, co-parrains du régime et d’Ankara, soutien des rebelles. Mais la trêve pourrait être menacée par la poursuite des bombardements sur Wadi Barada, stratégique région tenue par les rebelles, à 15 km de Damas et où se trouvent les principales sources d’approvisionnement en eau potable pour les quatre millions d’habitants de la capitale et ses environs.
Depuis deux semaines, soit avant même l’instauration de la trêve par la Russie et la Turquie, l’armée de l’air syrienne bombarde presque quotidiennement cette zone et les troupes du régime ont avancé hier jusqu’aux abords de Aïn Al Figé, importante source d’eau. Le 25 décembre, le régime a accusé les rebelles d’avoir «contaminé au diesel» ce réseau d’eau faisant que la capitale souffre de pénuries d’eau.
En plus de la question de l’eau, Damas entend soumettre cette région comme il l’a fait avec plusieurs fiefs de la rébellion dans la province de Damas, qui se sont rendus après avoir été assiégés et bombardés pendant des années. Face à la poursuite des bombardements, les rebelles de Wadi Barada ont mis en garde contre le danger qui plane sur la trêve globale. Sauf que la rébellion est composée aussi, dans la région, de membres du groupe djihadiste Fateh Al Cham, ex-branche d’Al Qaîda en Syrie, exclu des pourparlers de paix, à l’instar de l’organisation Etat islamique.
Comme lors des précédentes trêves, qui avaient volé en éclats au bout de quelques jours, c’est notamment l’alliance des groupes rebelles avec Fateh Al Cham qui rend très difficile une application du cessez-le-feu. Très affaiblis, ces groupes rebelles sont dans l’incapacité de faire face à Fateh Al Cham, organisation mieux équipée et armée, omniprésente dans les régions qui restent sous leur contrôle. En revanche, l’EI, responsable d’attentats sanglants en Syrie et à l’étranger, opère seul dans les zones qu’il a conquises dans le nord syrien et continue d’être la cible des raids des différentes armées de l’air, russe, américaine, turque et syrienne.
Pour donner plus de poids à son initiative de cessez-le-feu, la Russie a cherché et obtenu samedi un soutien du Conseil de sécurité de l’ONU. Soutenant les efforts de la Russie et de la Turquie pour mettre fin à la violence en Syrie et faire démarrer un processus politique, le Conseil de sécurité s’est contenté de «prendre note» des termes de l’accord en rappelant la nécessité d’appliquer «toutes les résolutions pertinentes de l’ONU». Dont la résolution 2254 qui prévoit, à l’initiative de Washington, une feuille de route complète de sortie de crise.
En pleine transition politique en attendant la prise de fonctions de Donald Trump, les Etats-Unis, soutiens de l’opposition au régime, n’ont pas été associés à cette initiative, une première depuis le début de la guerre en mars 2011. Pas plus d’ailleurs que les pays européens engagés dans la coalition pilotée par Washington. Et encore moins les pays arabes plus divisés que jamais sur ce qui se dessine sur l’échiquier proche-oriental. En revanche, c’est la première fois que la Turquie parraine un tel accord, grâce à son rapprochement avec la Russie. Les négociations d’Astana doivent précéder des pourparlers prévus en février à Genève. Les précédentes discussions intersyriennes n’avaient pu permettre un début de règlement du conflit. Par ailleurs, le porte-parole du gouvernement turc, Numan Kurtulmus, a déclaré qu’Ankara reste «déterminée» à poursuivre son offensive militaire contre le terrorisme dans le nord de la Syrie, après l’attentat revendiqué par l’EI à Istanbul. L’attentat qui a fait 39 morts «est un message destiné aux opérations extérieures», à commencer par l’opération «Bouclier de l’Euphrate» visant l’EI et des milices kurdes, a indiqué le vice-Premier ministre. «Nous continuerons à mener nos opérations extérieures avec détermination», a-t-il ajouté.

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