Un colloque interdit: Coup dur pour les libertés…

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Le monde politique ronronne encore dans le Royaume. L’effet tardif du Ramadan se fait-il toujours ressentir ? Où est-ce que le déphasage constaté depuis le démarrage du boycott qui persiste à l’hypnotiser ? En tout cas, devant des questions de l’heure que tout marocain est en droit de soulever et de débattre, bien des figures politiques choisissent de fuir. Mais le pire est à venir. Comme le démontre l’attitude observée par les pouvoirs publics toujours rétifs à se libérer du carcan de la pensée convenue. En interdisant l’organisation d’un colloque international sur les libertés individuelles par le Collectif démocratie et liberté, c’est le retour au galop de la censure qui s’opère sans fards. C’est à croire que rien que le fait de mettre en débat des questions liées aux libertés individuelles (liberté de conscience, égalité dans l’héritage, homosexualité) outrepasse l’entendement. Pourtant, des questions jugées « tabous » et figées dans l’inconscient collectif comme telles, les Marocains en débattent. Loin des colloques, bien sûr. Agoraphobes, les citoyens préfèrent se rabattre sur les réseaux sociaux pour exprimer leurs idées et nourrir un « débat public » que la « bienpensance » juge aujourd’hui en décalage, voir inapproprié. Mais faut-il que le contexte soit propice, ou jugé comme tel, pour oser traiter des sujets qui clivent ?

Noureddine Ayouche qui persiste dans « ses » combats, ceux-là même qui se trouvent être ceux qui traversent la société en long et en large, mérite d’être salué rien que pour le rôle qu’il joue : la mouche du coche ! On peut partager ou non ses inclinaisons idéologiques, là n’est pas la question. Car celle qui doit être fondamentalement débattue par tous est bien celle-là : où en est-on du respect des dispositions premières de la Constitution ? Car lorsque le débat est ainsi clos, par une décision publique, c’est que les règles de base de la démocratie ne sont pas respectées pour ce qu’elles sont par les autorités qui, elles-mêmes, sont en charge de veiller à leur respect intégral. C’est-à-dire dans leur esprit comme dans leur lettre. Une démocratie qui s’affiche ainsi craintive face à un « remue méninge » salutaire laisse à désirer. Car elle emmitoufle les libertés de pensée et d’expression. Valeurs cardinales sans le respect desquelles il y a lieu de craindre que le pays ne se transforme en une vaste zone géographique peuplée de de zombies. Il faut tirer les conclusions qui s’imposent de la fameuse mobilisation autour d’un chimérique trésor dans la région de Sarghina. Lorsque l’esprit se ferme, il faut s’attendre au pire. Ni l’Intérieur, ni les Habous ne peuvent ignorer cette dimension-là. A moins que…

P.S :

Il est désolant que le Royaume persiste à reproduire la logique de l’interdit alors que l’Etat perd prise sur la société. La révolution du Hashtag est passée par là et elle produira ce qu’elle produira de meilleur. Comme de pire. Mais on saluera, ici, le courage dont fait preuve le pouvoir tunisien qui n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat pour déconstruire les discours moyenâgeux qui emprisonnent les libertés publiques. Liberté de conscience, égalité dans l’héritage, etc ne relèvent plus du tabou. Les Tunisiens ont compris que ce siècle sera spirituel ou ne sera pas. Et composent avec du mieux qu’ils peuvent.

 

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